« Avers » de Dominique Quélen.

 

On écrit ce qui est là et peine à se dire

Prenons le mot « oiseau ». Non sa graphie, mais le mot dit. On y entend alors « oie », « oit », « eau », « haut », etc… Et « oiseau » aussi. Dans le mot « oiseau » se loge tant qui ne s’y lit plus et dont le poète exhume non pas un sens, ni des sens, mais des questions en acte sur le sens. Et le son.

Fabriqués de courtes séquences, majoritairement interrogatives, Avers entraîne son lecteur dans les obsessions de son auteur. Obnubilé par son sujet, mais sachant aussi se moquer de ses marottes, l’auteur sait faire voyager le lecteur entre l’éclat de rire et le remue-méninges le plus abyssal. Et tout cela sans rien y exprimer…

Ce poème? Mais qu’y exprime-t-on? Rien. On y cherche.

On n’exprime effectivement rien ici. On ressasse. On tourne et retourne autour du même (l’avers désigne, en numismatique, le côté face d’une monnaie). On teste des choses avec des mots et des mots avec des choses. On retire un truc (le préfixe a est privatif : a-vers) puis on en ajoute un autre. On joue. On tient en rênes le jeu de mots. On flirte avec l’absurde. On fait son Mallarmé. Puis son Wittgenstein. On teste. On hésite. Effectivement, on y cherche. Lucide. Sachant qu’on n’y trouvera rien. Mais qu’en attendant de ne rien trouver, autant se laisser aller à éprouver encore et encore les vertiges qui se logent entre le mot et la chose, entre l’entendu et le lu.

Le ciel est un mot car le mot oiseau y vole. Est-il écrit? Dit? Traversé d’ici à là par une ligne? Sa façon est-elle très droite ou floue et ardue à définir? Un ton vient à l’oreille allant pour entendre. Que souhaites-tu dire? Vas-y par d’autres voies ayant un autre sens. La chose égale le mot. Une chose égale un autre mot. Des voies mènent. Il n’y a rien mais tu t’imagines que si. C’est pour quelle oreille que marche ton appareillage à audition floue qui te va très seyant? Façon de parler. Une oreille oit d’ici le non-dit du mot qui est soit ou oiseau ou oie. Un mot usuel. Dis-le.

Dominique Quélen, Avers, 2017, Louise Bottu.

L’enregistrement sonore ci-dessus est issu de l’excellente Radio Campus, sous les doigts de fée d’Alain Cabaux.

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