« De la réception et détection du # baratin pseudo-profond »

BaratinAh comme les mots, parfois, permettent de vêtir l’ignorance! Ou du moins à hausser celui qui les articule plutôt qu’à exprimer quelque sens que ce soit. Sur le fumier des sémantiques kantienne, heideggeriennes, hermetico-trismégiste, plotinienne ou deleuzienne – la deleuzienne est actuellement très féconde -, que ne s’élèvent de coqs chantant faux mais fort leur seule gloire.

« Mon travail questionne les plis. »

« Le plan d’immanence subsume son propre dehors. »

« Le sens caché transfigure une beauté abstraite à nulle autre pareille. »

Trois phrases (les deux premières sont tirées de contextes réels – on dira pas d’où… -, la troisième du livre en question) qui ont comme point commun de pouvoir être regroupées sous le terme générique de baratin pseudo-profond. C’est-à-dire des phrases dont le producteur n’a pas pour volonté d’exprimer une vérité*, quelle qu’elle soit. Son intention – celle du locuteur -, si elle n’est nécessairement pas de perdre l’auditeur, est d’habiller son discours des oripeaux de la profondeur suffisamment pour induire chez lui une admiration pour qui l’a produite, mais sans s’inquiéter aucunement que ce discours soit producteur de sens.

La « profondeur » apparaît donc (en général) comme un élément constitutif du baratin : par son intermédiaire on cherche plus à impressionner qu’à informer, plus à courtiser qu’à instruire.

Le livre s’intéresse, comme son titre l’indique, à la réception et la détection de ce type de discours, indépendamment de ces conditions de production. Autrement dit, qui sera enclin à accorder de la profondeur à un énoncé qui n’en a aucune? Quelles sont les conditions psychologiques, sociologiques, contextuelles, qui prédisposent certaines personnes à se laisser berner par des phrases qui n’ont aucun sens et, même, à leur en concéder un qui soit essentiel? En proposant au lecteur de découvrir cinq études précises et rigoureuses sur le sujet, mises en perspective par un débat final, les auteurs apportent un éclairage utile sur ce qui, par définition, ne peut gagner qu’à condition de rester obscur. En analysant nos propres tendances à conférer du sens à ce qui n’en a aucun – et qui n’a pas pour fonction d’en avoir -, cette étude permet de nous garder de notre propre confiance en la parole de l’autre quand celle-ci se pare cuistrement des attributs du savoir. A l’ère de l’accélération du baratin pseudo-profond – que ne manque pas d’induire le galop technologique actuel -, cette analyse docte et drôle sur le fumeux s’avère d’utilité publique!

Le baratin, même considéré comme profond, reste du baratin.

Gordon Pennycook, James Allan Cheyne, Nathaniel Barr, Derek J. Koelher, Jonathan A. Fugelsang, Craig Dalton, De la réception et détection du # baratin pseudo-profond, 2016, Zones Sensibles, trad. Christophe Lucchese.

*l’excuse est toute trouvée : « Quelle prétention que de prétendre qu’il puisse y en avoir une, de vérité, et que j’en serais le messager! »

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(1 commentaire)

  1. Ça n’est pas sans rappeler certains styles de management (je pense au domaine bancaire, que j’ai longtemps fréquenté). Il est souvent très amusant de poser la question simple voire un peu bête qui dégonfle la baudruche.
    ce livre a l’air très bien.

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