« Fumées » de Eric Suchère.

Le 25 de chaque mois, depuis octobre 1997, Eric Suchère envoie un texte sur carte postale à un nombre fixe de correspondants. Le projet, conçu pour s’arrêter après 365 épisodes, s’achèvera donc en 2028. Sont rassemblés dans Fumées les textes d’octobre 2007 à septembre 2012. Tous sont consultables ici.

deviner où cela va se produire – le surgissement

On est donc ici dans un geste, si pas contraint ou astreint, du moins balisé. La place disponible sur une carte postale, la régularité du rendez-vous, la date prévue de son achèvement, toutes choses qui, matériellement, circonscrivent le projet de départ. En sus de cette parenté de limites structurantes, chaque séquence se teinte, forcément, des couleurs du temps de son écriture, de tout ce qui, temporairement ou plus durablement, affecte son auteur, et qui déborde du cadre strict de l’une pour en agrémenter d’autres. On y trouve ainsi des leitmotivs, des « personnages », des « couleurs locales », des « gimmiks ». Lire le projet de Eric Suchère, c’est aussi lire du temps.

Mais il y a la technique, érigée en système, cadrante, reconnaissable entre toutes, à la quelle on tendrait exclusivement à la réduire, et ce que cette technique permet.

Une phrase existe derrière le frémissement des feuilles et de leurs ombres au sol, se relève en multiples plans acoustiques se recouvrant et se découvrant en même temps que s’estompent. 

La mécanique du procédé, sa systémacité, sa récurrence maniaque est comme un gage laissé à la liberté de ce qui y trouve place. Cadrée, délimitée, la poésie parait comme revenir à ses fondamentaux. Parfois instantanés, parfois réactions à un stimulus plus conventionnel, parfois incursions intime, parfois presque épuisement de lieux, ces moments, ces « mutiples » – comme autant d’expériences chaque fois renouvelées – sont toujours autant d’occasions de revenir à ce qui fonde toute poésie. Et par les mots (donc aussi par leurs élisions, leurs manques), Eric Suchère établit du surgissement plutôt qu’il ne fait surgir quelque chose, ou nous permet de nous étonner à nouveau devant ce qui avait disparu à nos yeux à force de banalité.

établir un étonnement devant un geste somme toute banal.

Eric Suchère, Fumées, 2017, Argol.

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