« Harlem Quartet » de James Baldwin.

 

La musique peut devenir une chanson mais elle commence par un cri.

Le chef d’oeuvre de James Baldwin fait se mêler, dans le New York des années cinquante, le destin de quatre jeunes que la musique, la religion mais surtout l’amour vont mener à la découverte du monde qui les entoure et d’eux-mêmes. Alors que Julia, l’enfant évangéliste, doit s’accommoder de la maladie de sa mère et de la mainmise malsaine de son père, Arthur Montana pose peu à peu les jalons d’une brillante carrière de chanteur de gospel. Cela sous les regards concernés de Jimmy et Hal, leur frère respectif. Conté par Hal, Harlem Quartet nous emmène dans un monde qui a certes bien évolué depuis, mais dont il appert, à sa lecture, que ses linéaments sont aussi intemporels qu’universels.

Si la vie de quelqu’un d’autre vous absorbe à ce point, cela veut dire que vous avez peur de la vôtre […] et, pourtant, il est vrai aussi – poupées russes! – que nous sommes tous, pour toujours et chaque jour, partie intégrante les uns des autres.

Homosexuel dans une Amérique puritaine, noir dans un pays qui sort doucement de la ségrégation de droit tout en peinant à se défaire de ce qui la nourrissait, James Baldwin est rapidement devenu l’un des porte-drapeau intellectuel des luttes raciales et gay. Cela allant parfois – du moins de ce côté de l’atlantique – jusqu’à occulter l’extraordinaire qualité formelle de son oeuvre. A tel point que d’aucuns lui reprocheront, dans cette oeuvre de la maturité qu’est Harlem Quartet, d’avoir « affadi », selon le point de vue sur lequel se juche le contradicteur, soit son discours « racial », soit son discours « gay ». Comme si la postérité, sous prétexte de n’en défendre mieux qu’un des aspects, n’avait pu assumer la complexité que lui-même défendait.

Nous tenions simplement pour acquis que tout le monde priait – peu importait où et comment.

Harlem Quartet est un chant. Un chant qui prend bien sa source dans les tréfonds d’une Amérique raciste et homophobe, mais qui, porté par un rythme unique et affiné dans ses moindres recoins, lui dessine les contours de « la fraternité, de l’amour, de l’espérance et de l’expiation ». Un chant indispensable.

L’amour passe par des tas de transformations mais l’amour ne meurt jamais.

James Baldwin, Harlem Quartet, 2017, trad. Christiane Besse.

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