« Karoo » de Steve Tesich

Saul Karoo est réparateur de scénario à L.A.  Ce qui veut dire qu’il expurge des scénarios qu’on lui confie tout ce qui peut faire réellement sens, cela seul étant gage d’un succès commercial.  Il massacre l’art.  Saul Karoo est très riche.  Saul Karoo, fumeur invétéré, a aussi un immense problème avec l’alcool.  Non qu’il boive beaucoup trop depuis trop longtemps.  Mais bien plutôt qu’il ne puisse mystérieusement plus atteindre à l’ivresse, quelles que soient les quantités absorbées.  Saul Karoo est menteur à un point tel que toute vérité lui semble insupportable.

C’était une maladie, la maladie de la vérité dont l’un des symptômes faisait que je me sentais plus à l’aise avec la vérité des autres qu’avec la mienne.

Saul Karoo ne conçoit l’intimité que comme un partage public.

Ce n’était pas la peur de l’intimité.  J’étais prêt et désireux d’être totalement intime en public.

Saul Karoo est incapable d’aucune relation sincère avec quiconque.  Dont sa femme (dont il ne parvient pas même à divorcer) ou son fils.  Et de tout cela, Saul Karoo, dans une auto-analyse frisant le vertige, prend conscience.  Chaque geste qu’il tente de poser alors est un geste de rédemption.  Mais dans le creux de ce permanent retour sur soi sourd une et une seule résistance à l’omniscience, celle de ne savoir qu’en faire. 

Saul sait tout sauf ce qu’il faut faire avec ce qu’il sait.

Et ce désir de rédemption de se transformer alors en une chute implacable, une impitoyable farce.

Steve Tesich, Karoo, 2012, Monsieur Toussaint Louverture.

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(1 commentaire)

  1. Votre blog est WOW.

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