« Khounan-Kara, une épopée touva »

 

Quelque chose de fameux va advenir, khan!

Vous nous auriez demandé il y a peu si nous connaissions la littérature du peuple touva, nous vous aurions regardé d’un œil mi-éteint mi-bovin pour signifier notre inculture. Non content de devoir avouer notre coupable ignorance de sa littérature, nous aurions alors du vous avouer également que le simple mot « touva » nous était inconnu. Et nous nous serions alors derechef plongés dans les affres du web pour pallier à celle-ci. Comme si combler l’ignorance quant à sa provenance était le préalable essentiel à la découverte d’une littérature. Comme si, à chaque fois qu’il était question de découvrir une littérature liée à une culture totalement étrangère à la nôtre, il était requis de nous l’effort premier de nous intéresser d’abord aux contextes de production de celle-ci. Comme s’il ne nous était sinon pas donné de pouvoir approcher sa littérature. Une fois qu’elle provient d’une contrée ignorée de nous, la littérature qui en émerge paraît irrémédiablement enserrée dans les carcans de l’ethnologie.

« Ce garçon qui vient de naître 

N’est pas un garçon ordinaire!

Né au petit matin, 

Quand les canards sauvages 

Entrecroisent leurs becs,

C’est un enfant élu, destiné aux

Batailles et combats » – dit-il.

Voilà ce qu’il apprit des osselets.

Contant le destin de Khounan-Kara, cette épopée d’une contrée aussi reculée qu’inconnue de nous, démontre bien que quelque chose fonctionne dans la littérature. Qu’il s’y produit bien un on ne sait quoi de magique si, par la grâce d’une oralité maîtrisée, d’une répétition des motifs, de leurs variations, etc. quelque chose peut être reconnu et apprécié par devers même des inconnues culturelles. Que la littérature qui vaut n’a pas tant besoin de l’ethnologue, du géographe ou de l’historien que du lecteur vraiment curieux. Du lecteur confiant en la possibilité de la littérature de se suffire à elle-même.

Aujourd’hui, on n’en connait finalement pas beaucoup plus sur le peuple touva. On a juste découvert une page remarquable de la littérature.

Si un homme 

Ne va pas là où il désire aller,

Alors, dans une de ses vies,

Il naîtra en taureau gris sans cornes,

Et s’en prendra aux mottes de terre.

Khounan-Kara, Une épopée touva, 2019, Héros-Limite, trad. Eva Antonnikov, Aylana Irgit & Jil Silberstein.

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