« La disparition de Majorana » de Léonardo Sciascia

En cette période de l’entre deux guerres, dans l’Italie de Mussolini, le professeur Ettore Majorana était un génie de la physique des particules.  Il disparaîtra mystérieusement en 1938, à l’âge de 32 ans, sans laisser de traces.  Suicide, retraite secrète dans un couvent, toutes les éventualités restent encore de nos jours envisagées.

Dans ce court texte de 1975, Leonardo Sciascia revient sur cette disparition.  Et l’hypothèse qu’il retient est la suivante : Majorana aurait perçu avant tous le potentiel guerrier et ravageur de la physique nucléaire.  Il aurait alors délibérément choisi de disparaître, emmenant avec lui son dangereux savoir.

A sa sortie, ce livre suscita de nombreux commentaires quant à la plausibilité de ce qu’il avançait.  L’auteur fut accusé de travestir la réalité, de trahir la mémoire du disparu.  Mais, par delà la stérilité de ces polémiques, c’est ce que construit Sciascia sur le possible de cette hypothèse qui interpelle ici.  Qu’est ce que le savoir?  Qu’est ce que la science?  Le savant est il responsable de ce qu’implique le savoir qu’il enrichit?

Le Ettore Majorana de Sciascia est le sien, entre choix documentaire et fiction.  Peu importe que l’hypothèse soit authentique ou même crédible.  Seul suffit qu’elle soit.  Ettore Majorana, sous la plume de Sciasia, devient un matériau , une figure de l’antithèse de la science désincarnée, décontextualisée, ne s’abreuvant qu’à elle-même et fonctionnant donc à vide.  Et si ce Ettore Majorana est une création, il démontre que la création est utile.

Léonardo Sciascia, La disparition de Majorana, 2012, Allia.

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