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« La Ravine » de Sergueï Essénine.

Nous avions déjà, brièvement, touché un mot de La Ravine, lors de notre découverte, il y a 5 ans, de ce texte paru en français chez Harpo &. Si, pour la première fois, nous écrivons une deuxième chronique sur le même livre, c’est d’une part car sa réédition – moins cher et chez un éditeur plus largement diffusé et distribué – va enfin permettre à un public plus large d’en faire la connaissance, mais aussi car peu de textes nous paraissent à ce point en valoir la peine.

Le ciel embué affichait une couleur de merisier et la lune exsangue, brisée par la crête du coteau, s’amputait d’une moitié plongée vers le néant.

Ecrit à 18 ans par un poète suicidé à trente, La Ravine conte l’histoire de Kostia, jeune homme de 26 ans qui quitte son village natal pour se rendre à celui de La Ravine où l’attend une histoire d’amour, d’amitié, de nature et de labeur. Une histoire dont chaque soubresauts, aussi douloureux soit-il, est marqué du sceau de l’acceptation par son héros. Mais d’une acceptation étrange – et dont on sait jamais bien à quoi tient précisément cette étrangeté – mâtinée d’un sentiment d’intense liberté. Comme si le destin pouvait être à la fois plénipotentiaire et non subi. Comme si peut-être l’exercice d’une liberté tenait bien plus aux formes selon lesquelles on accepte ce qui la limite qu’aux tentatives, vécues comme illusoires, de gommer ces limites.

Chaque phrase de La Ravine est un écrin ou un gouffre. Dont l’ensemble, à la fois solide comme le roc et fragile comme la plume, forme comme un mystère. Y scintille une magie qui le rend tentative sans suite possible. Comme il n’y a qu’une Saison en Enfer, qu’un Ulysse, qu’une Divine Comédie, il n’y a qu’une Ravine. Bref, La Ravine est ce qu’il est convenu d’appeler un Chef-d’oeuvre…

Allez-y errer, vous n’en sortirez pas indemne!

A qui craint de quitter cette terre, il est dit : Tu peux emporter la Ravine entière avec toi. N’aie pas peur d’oublier quelque chose, rien du cœur ne se perd.

Sergueï Essénine, La Ravine, 2017, Héros-Limite, Trad. Jacques Imbert.

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