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« La société industrielle et son avenir » de Theodore Kaczynski.

La société industrielleThéodore Kaczynski est plus connu sous le nom d’ « Unabomber » et le rôle qu’il a joué sous ce nom que pour ses écrits.  Unabomber est ce poseur de bombes qui a sévi entre 1978 et 1996, donnant lieu à la plus longue et coûteuse chasse à l’homme qu’ait connu les Etats-Unis, faisant 3 morts et 26 blessés.  D’une intelligence dite hors du commun, cet ancien professeur de mathématiques de Berkeley s’était retiré à l’écart de la civilisation pour envoyer à ses représentants les plus férus de technologie des colis piégés.  Ce n’est que suite à la dénonciation de son frère et à l’aide de graphologues que le FBI mettra fin à ses activités.  « La société industrielle et son avenir » fut publié dans la presse à l’époque en échange de la promesse d’ « Unabomber » de cesser ces activités.

Ce texte se veut moins un résumé des justifications de ses actes qu’un condensé théorique des idées de son auteur.  Le rapport au contexte n’est pas revendiqué.  Ce n’est pas l’homme qui pose des bombes qui écrit.  Ou du moins n’est ce pas sous cet égide là que l’auteur voudrait le voir lu, mais simplement comme l’exercice d’une pensée à l’oeuvre.  Or celle-ci est profondément indigente.  Non content de faire reposer toute sa « pensée » sur une dialectique radicale entre liberté et technologie (la technologie n’est pas « mauvaise » pour la liberté, elle en est le contraire?!?), l’auteur ne l’étaie même pas.  Réductions psychologisantes, affirmations péremptoires d’un passé forcément heureux, tous les raccourcis sont allègrement empruntés.  Pourquoi le lire, donc?

Pour que notre message ait quelque chance d’avoir un effet durable, nous avons été obligés de tuer des gens.

nous avons utilisé l’image d’un homme puissant dépossédant un voisin faible par une série de compromis.  Supposez maintenant qu’il tombe malade et devienne incapable de se défendre.  Le faible peut alors l’obliger à lui rendre ses terres ou bien le tuer.  C’est un imbécile s’il l’épargne et l’oblige seulement à lui rendre son bien, parce que le puissant lui reprendra sa terre dès qu’il sera rétabli.  La seule décision censée est de le tuer pendant que cela est possible.

Nous avons énoncé tout au long de ces pages des affirmations imprécises et d’autres qui mériteraient toutes sortes de nuances et de restrictions.  Certaines sont peut-être fausses.  Un manque d’informations suffisantes et la nécessité d’être brefs nous ont empêchés d’être plus précis et d’apporter toutes les nuances nécessaires.  Dans une analyse de ce genre, chacun est largement tributaire de son intuition, au risque parfois de se tromper.  Nous ne prétendons, avec ce texte, à rien d’autre qu’à fournir une approximation sommaire de la vérité.

« Je justifie (car, quand bien même je ne présente pas ce texte comme une justification il le devient) les actes commis par des raisons dont je conçois et avoue le caractère aléatoire ».  « Je justifie ces mêmes actes destinés à nous faire retourner à l’état de nature (que j’exalte) par l’exercice froid et implacable de ce que je lui oppose (et exècre) : la raison (d’où a découlé, je le reconnais, tout ce que, maintenant, je me donne pour mission d’y mettre un terme) ».  L’intérêt du texte, s’il passe d’abord par le décodage de ses paradoxes, ne peut s’y limiter.  Car il interroge, qu’on le veuille ou non, le rapport à l’oeuvre entre le texte et le lecteur, qui, s’il se contente de « coller aux pages » et à elles seules, n’en extirpera que les paradoxes.  Ce rapport au texte seul étant lui même de l’ordre de la tentative et d’elle seule.  Comme de lire « Mein Kampf » sans que la pensée, même contrainte, ne dévie une seule fois vers une image de camps.  Alors que très souvent, corrompre le texte revient à l’encadrer dans le « réel », l’y incarner de force, le forçage est ici d’empêcher le « réel » de faire irruption.  En cela, le véritable intérêt de « La société industrielle et son avenir » lui est totalement extérieur.  Il n’est pas une fiction.  Théodore Kaczynski EST Unabomber.  Et son texte n’est rien sans ce dont il provient.  Par cette descente dans les failles d’un texte se dessine le rapport qu’un lecteur entretient avec lui et qui ne se donne à lire pleinement que dans le con-texte.  Et sa lecture exemplative démontre que, de temps en temps, l’auteur doit être « exhumé » du concept bien pratique de « mort de l’auteur » sous lequel d’aucuns dissimulent un peu facilement ses errements solipsistes.

Théodore Kaczynski, La société industrielle et son avenir, 1998, Enyclopédie des Nuisances.

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