L’aboutissement du capitalisme II

 

L’éditeur de gauche est une drôle de chose. Il y a l’éditeur de gauche qui s’affiche éditeur de gauche, qui, éventuellement, le proclame ou prétend en incarner la vérité ou l’acmé. Et puis il y a l’éditeur de gauche plus discret. L’éditeur de gauche qui l’est mais sans le dire. Voire qui l’est si discrètement qu’il l’ignore lui-même. Dont seul le programme éditorial se veut le garant de ses engagements. Ou dont ceux qui sont à ses commandes partagent ou disent partager des combats identifiés à gauche. Il y a donc bien des façons d’être éditeur de gauche. Néanmoins dans tout cet agglomérat diffus de l’édition de gauche, nous avons pu identifier un certain nombre d’éditeurs de gauche qui, tout à la fois, correspondaient parfaitement à l’image que l’on se fait de l’éditeur de gauche mais trahissaient également allègrement certains principes dits de gauche. Et cela en maintenant parfois mordicus continuer à être un éditeur de gauche. Parmi ceux-ci il y a :

  • l’éditeur de gauche qui appartient au groupe Éditis qui appartient à Vivendi qui appartient pour 20.65% au groupe Bolloré
  • l’éditeur de gauche qui imprime en Chine parce que la Chine a une longue histoire de l’imprimerie
  • l’éditeur de gauche indépendant et subsidié à 100 % qui imprime en Italie parce que l’Italie a une longue histoire de l’imprimerie et pas parce qu’il n’y a pas de salaire minimum dans le secteur de l’imprimerie en Italie et que l’éditeur de gauche indépendant et subsidié à 100 % peut prendre l’avion pour l’Italie à chaque fois qu’il faut caler un livre
  • l’éditeur de gauche qui imprime chez Pulsio
  • l’éditeur de gauche qui imprime « dans l’Union Européenne » parce que « quand même, tu comprends, c’est pas facile… »
  • l’éditeur de gauche très engagé sur le plan environnemental qui emballe chacun de ses livres de gauche dans du plastique
  • l’éditeur de gauche subsidié qui ne paie pas les droits d’auteur parce que « quand même, tu comprends, c’est pas facile… »
  • l’éditeur de gauche subsidié qui reçoit un projet de traduction au long cours d’un traducteur, qui lui dit « ok, je le publie », qui lui propose un contrat, qui ne lui fait pas parvenir ce contrat, qui envoie le contrat au CNL pour toucher des subventions, qui reçoit l’accord du CNL, qui refuse de payer le traducteur
  • l’éditeur de gauche subsidié qui gonfle ses déclarations de frais de façon à obtenir plus de subsides
  • l’éditeur de gauche qui fonctionne systématiquement avec des stagiaires non rémunérés
  • etc
  • l’éditeur de gauche qui a lu ceci, qui a constaté correspondre à l’une des description faite de l’éditeur de gauche et qui pense toujours – voir le clame – défendre des idéaux de gauche

Ce qui confirme donc que, non seulement, la gauche est plurielle mais aussi que l’aboutissement du capitalisme pourrait bien être l’éditeur de gauche…

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(1 commentaire)

  1. Trop vrai. Fabricant de beaux livres en France, ce sont des paroles au quotidien et ne sont pas tous de gauche du coup. Merci. Sincèrement.

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