Le bleu, la belle et son cerveau.

KakouLa campagne électorale s’achève.  Et au vu des dernières escarmouches et ruades des candidats, on est un peu soulagé.  Après le discours adressé aux masses wallonnes du nationaliste en chef au sourire chafouin et au regard bilieux à partir des locaux d’une chaîne privée comme s’il nous parlait du palais de Laeken, après la campagne d’un parti catholico-humaniste tout entier dédié à la mobilité (pendant qu’un des membres de leur clergé s’occupait d’avions, un autre diacre s’intéressait au problème épineux du skate), après les conseils cuisine d’une bleue aux traits et patronyme asiatiques (forcément des crevettes au curry), après cette révélation d’un ministre des affaires étrangères : la pédophilie c’est parce que le PS, après tout cela (et on en passe), force nous est de constater que, oui, l’annonce de cette ingénue était propitiatoire : on a bien touché le fond.

Hier, nous sommes encore tombé sur ceci.  On ne va pas se perdre trop dans une exégèse de la chose.  La vulgarité de celle-ci, sa bêtise tautologique, son incapacité à cacher sous un humour douteux le vide abyssal d’une pensée (y en a t’il seulement une!) et, aussi, une certaine lassitude, nous fatiguent plus qu’elles ne nous stimulent.

Plus intéressant en revanche nous a semblé le « récit de vie »  de la même Assita Kanko.  Hormis le fait qu’il se présente, dans ce journal, comme un article et non comme ce qu’il est réellement ; une tribune, un storytelling bêtifiant, un conte (le « il était une fois » ne dit rien d’autre) et sur lequel on ne s’étendra pas, il révèle surtout qu’à vouloir jouer sur tous les tableaux, à vouloir se présenter pour ce qu’on est surtout pas, on finit souvent par s’emberlificoter les pinceaux rhétoriques. On compose, à grands renforts de neurones (le peu du moins à disposition) une histoire poignante, issue du personnel, de l’expérience, et destinée à appuyer un projet et on se retrouve à en saper les fondements même.  On en vient à faire deviner le contraire de ce qui est proclamé haut et fort.  N’est pas romancier qui veut.

Ainsi, la « belle » se présente comme un produit de l’intégration mais de l’intégration individuelle.  Une intégration qu’elle ne doit qu’à elle-même, qu’à son opiniâtreté.  De celle qui n’est pas liée à un accueil mais se gagne avec les coudes.  Elle s’érige en exemple, non d’un processus collectif mais, subtilité, de sa faillite.  Son cas d’intégration devient alors d’autant plus exemplaire qu’il ne doit rien au collectif.  Eloge de l’individualisme, son parcours (comme le discours qu’elle tient à son encontre) est l’expression affirmée d’une volonté de puissance.  Et l’amène, superbe et magnanime, à ce coup de génie : « Ce que j’ai réalisé par l’exercice de ma liberté doit être imposé à d’autres ».  D’autres auxquels on ne suppose donc de facto pas les mêmes capacités, ni envies, ni aspirations, celles-ci devant lui être imposées.  « Voyez j’ai été libre!  Et c’est cet exercice de ma liberté qui m’a faite telle que je suis!  Et qui me légitime dans la restriction de la liberté d’autrui! ».  La valeur de celle-ci ne se jaugeant bien entendu qu’à la mesure du portefeuille…

Bien sûr, on est libre de ne parler, par exemple [ce n’est qu’un exemple, cela va de soi], que le turc, mais si on ne trouve pas un emploi, alors il ne faut pas se plaindre. Or, c’est quand même sur mon salaire que l’on prélève de quoi entretenir celui qui a choisi de ne parler que le turc… 

Mais aussi, la belle ne peut pas qu’être belle.  Il lui faut un cerveau.  Et un qui fonctionne.  Et quelle meilleure preuve d’en être l’heureux dépositaire que de lire.  Car oui, quand bien même ils ne lisent probablement pas, nos penseurs du MR savent pertinemment qu’il est encore convenu d’associer intellect et livre.  Donc, la belle lit.  Et que lit-elle?

Car elle a la tête bien faite et bien pleine, Assita : elle cite de Beauvoir, sa grande référence, mais aussi Rousseau, Voltaire, Diderot, Hemingway, Nothomb.

Ouch!

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