«

»

Imprimer ce Article

« Le démon de l’écriture. Pouvoirs et limites de la paperasse. » de Ben Kafka.

Démon de l'écriturePuisque tout le monde s’accordait à reconnaître que Morizot méritait justice, pourquoi ne pas tout simplement la lui accorder?  Pourquoi l’inciter à produire autant de paperasse?

La paperasse, presque systématiquement sous le nom de bureaucratie, est envisagée par ceux qui s’y sont intéressé sous des arrangements, des constructions, qui la dépassent déjà elle-même.  Ainsi, ce sont par exemple des idées prédéterminées qui la donnent à voir comme augmentant ou diminuant sous tel ou tel régime politique.  D’aucuns diront donc, sous gouverne de leurs opinions, que c’est le pouvoir donné au peuple qui intrinsèquement, presque mécaniquement, la fait plus abondante qu’elle ne l’était sous la monarchie, d’autres diront l’inverse.  Alors que certains recourent à l’argument que l’abondance de paperasse les disculpe de leur signature (la paperasse est à ce point abondante que la lire, en prendre simplement connaissance, est matériellement impossible et donc la signature est un acte qui est vide, n’atteste plus de rien et certainement pas d’une culpabilité), d’autres utilisent cette abondance même pour en stopper les effets, démontrant par là la vacuité de l’argument des premiers.

Si la paperasse pouvait ôter des vies, elle pouvait également en sauver.

Elle est pouvoir et limite du pouvoir. La paperasse  et son expansion (et cette crainte est à lire dès l’origine du mot « bureaucratie ») mettent dans les mains de simples commis un pouvoir démesuré pour qui ne dispose pas d’une instruction et de compétences suffisantes.  La paperasse peut donc signifier l’irruption de la possibilité d’une confiscation du pouvoir par ces petites mains.  Mais elle est aussi la possibilité, plutôt que de le confisquer, de le circonscrire, de lui imposer des limites.

Pendant que tout le monde regardait dans les dossiers à la recherche d’ordres et d’informations, Labussière, lui, avait regardé les dossiers eux-mêmes, et n’y avait rien vu d’autres que de l’encre et du papier.

De l’encre et du papier.  C’est là que l’analyse de Ben Kafka prend toute sa force et son originalité presque iconoclaste.  Sous les tonnes et les tonnes de papiers et d’encres, sous la technique, derrière les machines, se terrent bien sûr des envies, des désirs.  Mais pour approcher ces envies et ces désirs, il convient d’abord de lire cette surface qui s’offre à nous, la réponse s’y trouvant bien souvent pour qui sait la lire.

Le savoir émane de l’arrangement et du réarrangement de nos paperasses.  Les formats et les protocoles comptent.  La matière compte.

Ben Kafka, Le démon de l’écriture.  Pouvoirs et limites de la paperasse, 2013, Zones Sensibles, trad.  Zones Sensibles.

Lien Permanent pour cet article : http://www.librairie-ptyx.be/le-demon-de-lecriture-pouvoirs-et-limites-de-la-paperasse-de-ben-kafka/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>