« Le Grand-guignol de la gauche radicale » de Jean-Pierre Garnier.

 

La droite, toutes tendances confondues, n’est forte dans ce pays (comme dans beaucoup d’autres) qu’à la mesure de la faiblesse – le terme approprié serait d’ailleurs plutôt « complicité » ou, mieux, « duplicité » -, de ce qu’on appelle encore par habitude et paresse, la gauche, voire l’extrême gauche – encore que, avec celle-ci, on a plutôt affaire à de l’ignorance mêlée d’arrogance et d’autosatisfaction.

Cela fait quelques temps déjà que notre métier de libraire nous a habitué à la « grosse bêtise ». Non qu’il faille être libraire pour en déceler des traces, mais la spécificité de notre métier – qui nous oblige à compulser l’ensemble de celles qui passent l’écueil éditorial – nous enjoint malheureusement à en être l’un des spectateur privilégié. Et si cette « grosse bêtise » se dissimule fort maladroitement sous des oripeaux très divers, il faut aussi convenir que ceux parmi les plus seyants qu’elle revêt sont ceux de la « pensée d’ultra gauche ». Qu’elle émane des champs de la popphilosophie, de Lordon, du Comité Invisible ou d’autres, la « grosse bêtise d’ultra gauche » repose souvent sur les mêmes principes : du jargon pseudo-scientifique, une once de procès d’intention, quelques ad hominem (ou sa variante : l’ad personam), un ton péremptoire. Le tout servant in fine bien plus le discoureur lui-même que la cause dont il clame être l’étendard. Le Grand-guignol de la gauche radicale n’est certainement pas une analyse exhaustive des mécanismes du discours actuel de « l’ultra-gauche ». Il est une chronique, s’étendant de 2015 à mai 2017, des réactions de son auteur à certains événements qui ont émaillé l’histoire et le discours récent de « l’ultra-gauche » française. De l’espoir français placé en Podemos à Frédéric Lordon (« qui non sans peine essaie depuis quelques temps de se faire passer pour philosophe ») du « radical de campus ou de bac-à-sable » au « bisounours de nuit debout », de « Médiatarte » à « Micron », du « gueguerrier de classe Ruffin » au « Comité translucide », Jean-Pierre Garnier exhume la « grosse bêtise » du jus rhétorique dans lequel le convaincu à courte vue et le subversif en pantoufles espéraient la voir confire. Rien que cela, déjà, est drôle.

Traiter le grotesque au travers du burlesque sans pour autant délaisser la rigueur de l’argumentation et sans pour autant délaisser la rigueur de l’argumentation et la véracité des faits, telle est la tâche que je me suis assignée

Jouissif car rigoureux (et non jouissif et rigoureux), Le Grand-guignol de la gauche radicale démonte le grotesque par le burlesque. En cela – et quand bien même il est bien entendu teinté lui-même de ses a priori (qu’il a l’intelligence et la correction d’exposer) – Jean Pierre Garnier nous donne à lire une chose certes joyeuse et bien saignante, mais aussi diablement nécessaire.

« LA NUIT DEBOUT NE SE COUCHERA PAS! »

Jean-Pierre Garnier, Le Grand-guignol de la gauche radicale, 2017, Editions Critiques. 

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