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« Le Labyrinthe magique – 3. Campo de sangre » de Max Aub.

Les vrais fachos ne croient pas en Dieu. Ils croient qu’ils sont Dieu.

Tout le troisième tome de ce monstre des Lettres qu’est Le Labyrinthe magique se déroule entre le 31 décembre 1937 et le 19 mars 1938. La guerre civile espagnole fait rage depuis un et demi. Dans la première partie, nous suivons principalement un médecin cynique et coureur de jupons impénitent, un juge de la République, un intellectuel en mal d’écriture et un fervent communiste, archétype de l’engagé, dans une Barcelone où la mort gît au coin de chaque rue. Dans la seconde partie, Max Aub nous fait accompagner trois personnages (Fajardo, Herrera et le sublime et tragique Don Leandro) dans les ruines de Teruel, très provisoirement et dramatiquement conquise par les républicains. La troisième partie s’achève dans Barcelone bombardée, dans un déferlement de feu et de sang.

Parfois je me demande si je ne suis pas à vos côtés par haine de cette petite bourgeoisie qui m’étouffe : mesquins, minables, misérables, vils vis-à-vis des déshérités, qui vivent à la traîne du népotisme, coincés, avares, respectueux des simonies, obséquieux, rapaces ; versatiles quant au pouvoir en place, rognant l’orteil à tout ce qui sent l’esprit, pas naïvement mais consciencieusement, rongés par l’envie, toujours prêts à se ruer sur les saints ; diligents dans leur profit, paresseux pour celui des autres, arrogants, vains et lâches, des lèche-cul. Leur manière de se procurer de l’argent : les petites affaires, les petites infractions à la loi, la falsification des prix ; des escrocs qui prennent plaisir à faire des entourloupes, des grandes gueules, des hypocrites, des rancuniers. […] Cependant, sans eux nous n’existerions pas.

Dans cette partie du chef-d’oeuvre de Max Aub, (écrite en premier, alors qu’il était en exil, grâce aux bons soins de la France de Vichy), se croisent et s’entrecroisent un nombre incalculable de personnages. Parfois longuement développés lors d’incessantes retouches, souvent traversant le roman comme un quidam traverserait brièvement notre champs visuel pour n’y plus paraître, chacun d’eux constitue comme un gage à une nouvelle forme de réalisme. Où toutes les vies, réelles ou imaginaires, tragiques ou comiques, brèves ou longues, concourent à fabriquer un réel « plus vrai que nature ». Et qui peut-être est seul à même d’approcher cette période de luttes mortelles pendant laquelle, au nom d’une vie meilleure, on en sacrifie tant.

Ce qui demeure c’est la littérature ; ce qui s’en sort. Et moi je veux m’en sortir.

Qu’il soit possible d’aimer dans la violence. Que des engagements contraires et vécus jusqu’au bout n’excluent pas l’amitié. Que des êtres puissent s’investir dans des projets radicaux malgré des doutes, et sans faire fi de ceux-ci. Dans les événements qu’expose Max Aub, ces actions précisément documentées, ce maelström, ce labyrinthe de faits, de geste et d’êtres, aux antipodes d’une réalité historique partisane, c’est l’homme lui-même qu’il cherche à dépeindre.

Quoi? Qu’est ce qu’un homme?

Max Aub, Le labyrinthe magique – 3. Campo de sangre, 2010, Les Fondeurs de brique, trad. Claude de Frayssinet.

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