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« Le Secret de la chambre de Rodinsky » de Rachel Lichtenstein & Iain Sinclair.

 

Vers la fin des années soixante, un homme, David Rodinsky, disparaît, sans même que sa disparition soit remarquée. La pièce qu’il occupait au-dessus de la petite synagogue de Princelet Street, dans le quartier de Whitechapel à Londres, restera intacte pendant plus de dix ans. Quand on en pousse enfin la porte, s’offrent au regard des documents en toutes langues, des textes érudits, des coupures de presse, des bouteilles d’alcool vide, une tasse de thé entamée, un reste de repas fossilisé, le tout d’une pauvreté digne et semblant comme attendre l’illusoire retour d’un habitant. Une disparition, un espace comme sorti intact du temps, il n’en fallait pas plus pour que cette chambre de Rodinsky devienne une légende.

Rodinsky, l’idée de Rodinsky, l’idée de Rodinsky, était devenu un dybbuk. L’âme d’un mort qui pénètre le corps d’un vivant et dicte sa conduite. […] Son absence constituait sa potentialité.

Fascinée, comme beaucoup, par ce début d’histoire, Rachel Lichtenstein va rapidement se sentir le besoin de lui écrire une suite. Elle se lance alors dans une longue quête à la recherche de David Rodinsky. Qu’est-il devenu? Qui était-il? Était-il un érudit juif orthodoxe, polyglotte et affable, ou un « original » misanthrope un tantinet cinglé? Pour quelles mystérieuses raisons vivait-il reclus dans une chambre à la limite de l’insalubrité au-dessus d’une synagogue?

Alternant les épisodes de cette longue quête avec les regards qu’y jette subtilement Iain Sinclair, Le Secret de la chambre de Rodinsky ne se limite pas au compte-rendu, fût-il talentueusement mis en scène, d’une minutieuse enquête à relents policiers.

Rodinsky devient un golem des temps modernes et, comme le golem de Prague, il a été créé à la fois pour protéger et pour détruire. Comme le golem de Prague, il finit en poussière dans les combles oubliés d’une synagogue.

Rodinsky est un mystère. Il est une absence. Il est une occasion, en lui rendant sa propre histoire, de l’investir des peurs, des doutes, des questions de celui qui cherche à la lui rendre. Mais aussi, ces peurs, ces doutes, ces questions sont autant de chemins menant à Rodinsky. Rodinsky est un point de départ. En lisant les traces de ce portrait en creux et en se proposant, par tous moyens, d’en compléter les blancs, Rachel Lichtenstein et Iain Sinclair font de cette recherche une possibilité de nous y chercher à notre tour. De ce qui eût pu disparaître à tout jamais sans traces – et tiens, oui, Rodinsky était juif… – les deux auteurs tirent un récit qui, lui, en laissera longtemps.

Commencez où vous voulez et vous trouverez plus de matériaux, plus d’affluents se séparant d’affluents, que ce qu’une seule vie serait capable de démêler.

Rachel Lichtenstein & Iain Sinclair, Le Secret de la chambre de Rodinsky, Editions du Rocher, 2001, trad. Bernard Hoepffner & Marei-Claude Peugeot.

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