« L’irresponsabilité de l’artiste » dans Actes 1 des Beaux Arts de Paris.

 

L’année passée, les Beaux-Arts de Paris ont invité, durant deux jours, des artistes et des intellectuels de tous bords à s’interroger sur cette notion d’irresponsabilité de l’artiste. Les actes de ce colloque paraissent aujourd’hui dans une maquette fragile mais magnifique.

Le sujet, en lui-même, est particulièrement intéressant, et parait prendre une teinte d’autant plus appuyée aux lumières de l’actualité. L’acte artistique peut-il – ou doit-il – se disjoindre de toute notion de responsabilité? L’artiste peut-il revendiquer un statut d’exception? Cette notion même de responsabilité est-elle constitutive de celle d’art ou est-elle venue s’y accoler? Alors qu’idéologues et hommes de pouvoir semblent (et si cette apparence n’était justement qu’une apparence?) faire peser une chape plus lourde sur la production artistique, questionner ce dont elle relève parait urgent.

Le colloque est un exercice délicat. Le colloque « esthétique » l’est au carré. Le colloque « esthétique » s’ouvrant à l’artiste au cube… Comme il y faut gloser intelligemment en attirant le chaland, on est contraint d’y proposer, à côté de ceux de « spécialistes » reconnus, des noms ronflants. Les premiers, étant aiguillonnés par la présence des seconds, ayant tendance à sortir un peu de leur rôle et les artistes, encouragés par la légitimité acquise dans leur domaine de compétence, à embrasser la plume du critique. L’exercice est toujours périlleux et rarement réussi. Naviguant entre consensualité et inimitié et cherchant à s’habiller d’oripeaux qui ne leur siéent pas, les intervenants offrent souvent un spectacle qui souffre des conditions mêmes de sa production. Entre le baratin pseudo deleuzien des uns et les tentatives exégétiques maladroites et convenues des autres, restent heureusement parfois la place pour exprimer une parole entière et honnête.

Certains artistes sont adulés par l’Ouest comme dissidents exemplaires, ils deviennent eux-mêmes objet d’art et ces formes d’activisme ont un effet clownesque, pour ne pas dire vraiment « con ». Il y a aussi des commissaires d’exposition qui ont été abreuvés par une lecture raccourcie de Deleuze et de Baudrillard, ils ont anéanti le langage visuel en se basant sur une idée sociologique des années 1980. Ils n’ont certainement pas compris ce qu’ Habermas a écrit. Ces artistes, au nom de la contestation, produisent des œuvres avec une esthétique de mai 1968. Cette caste s’autosurveille dans des réseaux innombrables, prétendant travailler à ce tissu social du monde ou d’une ville en voyageant de colloque en colloque. Les écrits sur l’art comme critical mass n’existent presque plus, car le jargon de ces experts est complètement lié à une sorte de philosophie pseudo-intellectuelle mal digérée et devenue une diarrhée verbale et mentale. […] Voilà le paysage où vous allez vous trouver. Je sais que ce n’est pas vraiment « chouette », mais au moins on sait où l’on est. (extrait de l’intervention de Luc Tuymans)

Si ces actes pâtissent bien des conditions inhérentes à l’exercice, existent aussi ça et là, en leur sein même, des tentatives saines ou furieuses de leur apporter une dynamique bienvenue.

Collectif, L’irresponsabilité de l’artiste. Actes 1 des Beaux Arts de Paris, ENSBA, 2017.

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