« Mytographes » de Hanno Millesi.

Les éditions Absalon, non contents d’avoir eu l’excellente idée de nous faire découvrir le très important Werner Kofler (disparu il ya peu), ont la bonne idée de s’entêter dans leur désir d’apporter à la connaissance d’un public français un peu plus encore de l’important vivier littéraire autrichien.

Dans « Mythographes », le narrateur, historien de profession, décide de filer son jeune collègue Allmeyer jusqu’au pied de son immeuble, guettant le moment où il pourra s’introduire chez lui et le tuer.  Tout oppose ces deux historiens qui travaillent sur la même période de l’histoire qui a vu la montée de l’austro-fascisme.  A la réussite médiatique et universitaire d’Allmeyer ne fait écho que le silence dont on entoure les travaux du narrateur.  D’un côté l’aisance et l’assurance, de l’autre l’emprunt et la « loose ».  Bien que parfaitement conscient de la vacuité des moyens sur lesquels Allmeyer consolide sa position d’ « intellectuel médiatique », il n’en jalouse pas moins ses succès.  Et c’est dans cette opposition que le narrateur va puiser toute sa haine.

Hanno Millesi nous dresse ici un portrait sans concession de cette Autriche mutique devant son passé douloureux.  Allant jusqu’à porter aux nues médiatiques celui qui, sous les apparences d’une féroce contradiction, feint de lui opposer autre chose que l’évidence d’une position partagées par tous.

n’est ce pas caractéristique d’un certain esprit que de relever justement ces aspects sur lesquels, en fait, il n’y a pas vraiment de quoi se quereller?

Une Autriche qui préfère se mirrer dans une histoire de l’anecdote.  Comme si cette manière de « faire de l’histoire », qui s’interdit d’étayer les fautes dans la rigueur, lui permettait de renvoyer ses propres responsabilités au même registre badin.  Et donc à les occulter.

Mais dans l’analyse que fait le narrateur de ce que représente le fameux « scientifique médiatique », nous lisons aussi une remarquable déconstruction de ce qu’est l’artifice en littérature.

On gagne d’abord l’attention de l’autre, puis il s’agit de légitimer cette faveur, de contrôler cette bienveillance, après quoi l’autre est prêt à se laisser entraîner.  Peu importe jusqu’où.  Jusqu’aux limites du self-contrôle ou de la compréhension, dans le cas le plus extrême.

Le scientifique est redevables à ses destinataires – son travail n’a rien d’une mise en scène divertissante.

Et tout l’art (et l’humour) d’Hanno Millesi est précisément de nous « divertir » en démontant les séductions du divertissement.

Hanno Millesi, Mytographes, 2012 (à paraître le 23/08/2012), Absalon.

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  1. […] L’avis du libraire de chez Ptyx, où j’ai découvert ce livre (merci Niki !) […]

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