« Onzième roman, livre dix-huit » de Dag Solstad.

 

Turid Lammers n’allait nulle part, il n’y avait dans sa vie aucune direction, sinon celle d’être ce qu’elle était et de scintiller. Tout cet enthousiasme, tous ces projets, toute cette énergie, qui trouvaient leur exutoire dans chaque heure de la journée, au Lycée municipal, dans la boutique de fleurs, à l’Association théâtrale de Kongsberg, dans la vie commune avec Bjørn Hansen, tout ça n’avait pour objectif que son propre instant.

Alors qu’il vient d’avoir un enfant, Bjørn Hansen quitte femme et fils pour s’installer à Kongsberg avec sa maîtresse, Turid Lammers. Là, il embrassera une nouvelle profession, récepteur, et découvrira les joies du théâtre amateur. Peu à peu, alors qu’il tente de chercher à saisir ce qui peut influer sur son existence, germera en lui une idée radicale.

l’insupportable conception, la conviction d’avoir passé sa vie entière à être en quête de quelque chose qui se pulvérisait devant lui, en raison du caractère décidément impitoyable de la nature.

Comment se fait-il qu’un être, en possession de tout ce qui peut le rendre heureux, sans se sentir cependant à strictement parler malheureux, ressente malgré tout un manque, une sorte d’insatisfaction. Comme s’il persistait toujours, quand bien même tout va bien, un minuscule espace résiduel qui échappe irréductiblement à un bonheur parfait. Et qui, pour qui en est conscient, empêche de se laisser aller pleinement à une vie épanouie. Dag Solstad reprend ici le schème universel de la quête existentielle, avec ses questions classiques, éprouvées et rabattues ad nauseam. Mais en faisant de son « héros », Bjørn Hansen, à la fois l’observateur désabusé de sa propre histoire et le lucide acteur de sa propre vie, il confère à son roman une originalité aussi troublante que captivante. Si ces aller-retours un peu « dégingandés », un peu « l’air de rien », entre observations au scalpel et prises en charge pataude mais résolue d’un destin, résonnent si profondément en nous, c’est certainement car il est impossible de ne pas y reconnaître les nôtres.

Car il ne parvenait pas à s’accommoder du fait que les choses étaient ainsi et pas autrement. Et ça le scandalisait.

Jusqu’où n’irions-nous pas pour exister…

Dag Solstad, Onzième roman, livre dix-huit, 2018, Notabilia, trad. Jean-Baptiste Coursaud.

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