« Rue involontaire » de Sigismund Krzyzanowski.

krzyzanowskiAu fond, c’est tout ce qu’il me faut.  Etre entendu.

Rue Involontaire (quel plus beau nom pour une rue arpentée par l’ivrogne) est composé de sept lettres écrites par l’écrivain et son coauteur, la vodka, pour utiliser les timbres rendus en guise de monnaie lors de l’achat d’alcool. N’ayant personne à qui écrire, Krzyzanowski les adresse au premier venu ou à la fenêtre qui reste allumée la nuit, et les expédie par la fente de son vasistas.

Avec mon co-auteur, la vodka, nous nous sommes peu à peu pris de passion pour la chose épistolaire.

On n’est cependant ni dans une littérature d’alcoolique, ni dans une littérature sur l’alcool.  Si l’alcool fait bien partie du projet d’écriture, il en est bien le coauteur, non le sujet.  Tout au mieux est-il ouvroir et offre-t-il, par l’ivresse qu’il déclenche, un modèle réduit de l’existence.  La prouesse de Krzyzanowski est de nous faire assister à la naissance du texte, à son processus d’élaboration, dans le temps même que l’action qu’il conte est contaminée par l’alcool, son coauteur.

Car au fur et à mesure que le niveau d’encre baisse – goutte après goutte – dans l’encrier, dans l’écrivant – verre après verre – le niveau de vodka monte.

Il ne s’agit pas de décrire un homme titubant, mais d’en faire tituber les mots, ni de montrer l’ivrogne pris de vertige, mais de faire vaciller le lecteur.

Eh bien, mieux vaut avoir le nez rouge et aller de travers que le nez creux et aller dans le sens du vent.

Comme les hésitations embrumées de l’ivrogne lui font parfois expérimenter les bas-côtés d’un chemin, ce sont les soubresauts de son écriture qui lui en font découvrir les marges.  Dans ces lettres, comme dans les courts récits qui suivent (celui d’un homme-horloge ou celui de la première migration attestée d’une pensée du cerveau qui l’abritait au chapeau qui le couvrait!), se dévoilent, dans une écriture tissée de travers, comme parfois de guingois, l’originalité, la vitalité, l’acuité, l’irrésistible drôlerie et la tendresse un peu folles d’un des plus grands écrivains du xxème siècle.

Il ne serait pas exagéré de dire d’un pendu qu’il avait des relations tendues avec la vie.

Sigismund Krzyzanowski, Rue involontaire, 2014, Verdier, trad. 

On notera que ce titre, comme il fut coécrit avec la vodka, fut coédité.  L’excellente librairie « Le livre » à Tours s’est ainsi associé, pour ses vingt années d’existence, au non moins excellent Verdier, qui fête cette année ses 35 ans.  Longue vie à eux!

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(1 commentaire)

    • B. Bieniasz on 17 juillet 2014 at 11 h 00 min
    • Répondre

    Le livre est fantastique. La « Rue Involontaire » fait penser aux textes de Bruno Schulz.
    Félicitations pour la Traductrice !!!
    Le livre en tant qu’objet est très agréable.

    la Maison Verdier s’intéresser-elle à des textes en langues slaves ?

    Comment se dit le titre en russe ? Ou pourrais-je obtenir le texte original (ou une partie du texte) ?

    amicalement
    B.B.

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