« Thèse sur un homicide » de Diego Paszkowski.

Thèse sur un homicideparce que c’est ça le plus difficile, décider à quoi penser, à quoi occuper le temps, que faire de ce temps, comment ne pas s’ennuyer quand personne ne t’aime ou même quand quelqu’un t’aime.

Paul Besançon est un brillant étudiant français en droit pénal admis à suivre un prestigieux séminaire à Buenos Aires.  Celui-ci est dirigé par un éminent professeur, Roberto Bermudez, ami de longue date du père de Paul.  Alors que son professeur peine à se gérer entre l’alcool et une rupture sentimentale qu’il n’arrive pas à dépasser, Paul ourdit une défense de thèse pour le moins radicale.

Un crime, pour Paul, est d’abord un enseignement.

Le livre est construit en diptyques.  Aux monologues du professeur, tout tendu vers la boisson et dérangé par l’obsession de la femme partie, succèdent les relations des agissements de Paul se projetant tout entier dans les préparatifs de son projet.  En apparence, Roberto est autant épars, désordonné, sur le point de sombrer, que Paul est déterminé, froid, mécaniquement ordonné.  Le monologue du professeur est haché.  La phrase qui rend compte des préparatifs de l’étudiant est toute en longueur, comme toute entière tendue vers son but.  Alors que l’étudiant veut démontrer par la pratique que la justice ne fonctionne pas, que son aveuglement est bien loin de seulement décrire son fondement éthique d’impartialité mais plutôt une inhérente inefficacité, le professeur fait reposer en elle (et dans le whisky) son seul espoir d’encore posséder quelque chose de stable à quoi raccrocher son existence.

La loi est tout juste une vaine tentative d’organiser le désordre, les multiples étincelles de la société, pour donner forme à un hasard inéluctable.

Peu à peu, alors que le drame se noue inexorablement, les deux discours vont se contaminer.  De la lutte entre les deux positions inconciliables (qui ressemble tant à celle, rebattue, du Bien contre le Mal), de ces extrêmes clos l’un à l’autre, naît pourtant un moyen terme.  Un moyen terme qui est peut-être bien plus questionnant et terrifiant que la victoire du Mal initial.

Diegi Paszkowski, Thèse sur un homicide, 2013, La dernière goutte.

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