« Un régal d’herbes mouillées » de Anna de Sandre.

Le titre, l’illustration de couverture, la mise en page nous ramèneraient presque à l’image d’épinal d’une poésie bucolique de chemin buissonnier.  Les titres de chaque texte eux-mêmes, énigmatiques, semblent baigner dans l’éther d’une indétermination tissée de brumes apaisantes.  Pour qui ne lit pas, et se contente du regard de loin porté sur la façade, « Un régal d’herbes mouillées » dégage ce parfum de sympathie un peu anecdotique, un peu condescendante aussi, que l’on porterait à tout travail que l’on sent bien façonné mais désuet, bien intentionné mais (osons le mot) mièvre.   Qui le lit (diantre! lire un livre, comme on y va)  comprend que cette façade a précisément été choisie pour le contraste qu’il offre avec ce qu’il enclot et qui finit par la déborder.  Car chaque texte (tous très courts, n’excédant pas deux pages de phrases aérées), sous son apparence bien établie (dans l’imaginaire collectif, s’entend) de poésie naïve, offre un roman dont les personnages tanguent dans le drame de leur vie de misère, avant d’échouer sur ses rives les plus dures.  Ces vies d’exclus, de laborieux, de débiles, de pauvres, de vieux, Anna de Sandre, avec une maîtrise rare de l’art du bref, parvient à nous les rendre en quelques traits, d’une plume qui les incise pour en faire jaillir toute la douleur mais aussi la beauté tragique.  Et à l’odeur sucrée que la rosée vient déposer sur l’herbe vient se mêler celle, forte, âcre, des foins coupés.

à part ça

la lune est rousse

sur la lèvre du toit

tu lèves le nez

ça t’éclabousse

et c’est juste

beau à crever.

Anna de Sandre, Un régal d’herbes mouillées, 2012, Les Carnets du Dessert de Lune.

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(1 commentaire)

  1. !!!!!!!

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