« Astronomicon » de Marcus Manilius.

astronomicon-3L’histoire de l’édition n’est pas un fleuve régulier, au débit stable de toute éternité.  Le cours en est parsemé de hoquets, de soubresauts, de remous.  Et parfois même des lazarets le remontent.

Auteur de la fin du premier siècle avant notre ère, Marcus Manilius fut connu dès l’antiquité latine pour l’Astronomicon, ouvrage en cinq volumes s’intéressant au ciel sous tous ses aspects.  A la fois tentative de description des cieux, de saisie de leurs mouvements et de leur explication, il fut redécouvert et constamment réimprimé dès 1473.  Jusqu’en 1970, année de sa dernière publication dans la bibliothèque hermétique de Denoël.  Et depuis, Marcus Manilius demeurait boudé par l’édition.  Jusqu’à ce jour où la graphiste Fanette Mellier, en résidence à la villa Médicis, se décide à republier ce texte.  Prenant pour maquette le texte latin préparé par Joseph Juste Scaliger, un érudit du 16ème siècle, et la traduction qu’en donna Alexandre-Guy Pingré, un astronome du 18ème siècle, elle s’attelle à redonner à lire autrement ce texte essentiel, lui composant un écrin à la mesure de sa poésie.

La graphiste a réalisé un fac similé de l’édition latine de Scaliger, qu’elle a coloré en bleu, rendant le texte presque illisible, plongeant le latin dans une sorte de nuit opaque, qu’elle a habillé d’une couverture sombre clairsemée de taches dorées.  Le découpage seul des pages latines, rendues par l’artiste encore plus mystérieuses que ne le rendait déjà l’éloignement d’avec la langue, permet d’accéder à la superbe traduction de Pingré.  Par cet adroit artifice, le lecteur se retrouve donc comme Marcus Manilius.  Comme le poète ouvrit la nuit  de ses vers, la découverte de cette nuit par lecteur ne peut se faire que dans un geste de déchirement.  Qu’il est libre de commettre.

Mais c’est peu que de s’en tenir à ses premières connaissances.  Il faut s’efforcer de pénétrer ce que le réel a de plus secret.

deux difficultés m’effraient, celle du vers, et celle du sujet.

A qui persuadera-t-on que ces masses immenses sont l’ouvrage de légers corpuscules sans que la divinité s’en soit mêlée, et que le monde est l’ouvrage d’un aveugle hasard.

Combien de fois la fortune inconstante a fait succéder la puissance à l’esclavage, la servitude à l’autorité! […] Tout ce qui est créé pour finir est sujet au changement.

La raison ne connaît pas d’obstacle.

ils ne peuvent se dispenser d’admirer cette lumière insolite qui perce les ombres de la nuit ; et malgré les bornes de leur intelligence, ils cherchent à pénétrer la cause de ces divines merveilles.

Conjoindre fond et forme.  Donner à lire le projet du poète dans la matière même du livre.  Faire briller le livre de l’éclat des vers du poète.

Tout objet qui brille mérite notre attention, ainsi que le temps auquel il répand son éclat.

Marcus Manilius, Astronomicon, 2013, B42.

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