« Besschop(s) » de David Besschops.

Besschopsécrivain je métamorphose l’obsession

Cette phrase, que tout éditeur devrait obligatoirement soumettre à tout écrivain osant lui apporter un manuscrit (et cinq fois, d’affilée, à l’écrivain « d’autofiction »), qu’elle figure dans un livre dont le matériau est le vécu de l’écrivain démontre du moins que cette question de la métamorphose en fut un enjeu.  A l’heure où toujours plus de cornichoneries autofictionnelles abreuvent les librairies en liquidités, rappeler les quelques évidences qui suivent (et que cette seule phrase plus haut met en exergue) nous semble on ne peut plus sain.  « Auteur », ton vécu ne m’intéresse pas.  J’en ai un.  Tes obsessions, encore moins.  Les miennes me suffisent.  J’ai aussi des morts dans ma famille.  Des cancers, des suicides, des arrêts cardiaques.  Des vieillards dépendants, des enfants drogués, des tontons incestueux.  Et, en fouillant pas si loin, je peux bien trouver dans mon passé apparemment sans tâche, des traumatismes, des envies, voire des actes, à faire pâlir un sadien sous amphèts.  Et l’exposition à nu des raisons qui ont guidé ta main vers l’encrier ne m’intéressera que dans la mesure où tu t’es posé, toi, les questions de quoi en faire avant de me les donner à lire.

Ecrit-il pour reprendre le collier ou mériter la place du chien.

L’écriture est catharsis, sans doute.  Et il ne revient pas au lecteur de juger la valeur d’apaisement que peut générer l’onanisme scripturaire, ni la tentative qu’elle suppose de reprise en main (ou non) de l’existence de qui s’y livre.  Le lecteur n’est ni le psychologue, ni le divan (oufti!) de l’auteur.  Il est le juge de sa chose écrite.

berge du dire au fil de l’eau clair déversoir roman rame

Contrairement à l’écriture cathartique qui « sert » l’auteur, l’aide (ou pas) à « affronter » cet entrelacs d’événements qu’il nomme sa vie, ici, c’est l’événement qui sert l’écriture.  La vie est le matériau auquel puise David Besschops et dont il tire un résultat qui n’est plus sa vie.  Mais bien une écriture.

Quant à ce qu’il qualifie présomptueusement de style c’est une patte que je lui ai fracassé à la naissance Son boitillement est infime d’accord mais omniprésent – surtout à l’encre

Dans ces paroles de Besschop(s), qu’elles émanent du père, de la mère ou du fils, c’est bien d’un boitillement dont il s’agit, non point physique, ni « vécu », mais de celui d’une écriture, sublime, qui se crée pour l’appréhender.  Alors oui, certes, le vécu de l’auteur (qu’on aime à trouver parfois sordide, parfois à hurler de rire), on y retourne forcément.  Mais par les achoppements de son écriture, il se découvre à lire autre que la simple confrontation des faits.  Métamorphosé, mué en autre chose.  Là où la seule confrontation avec les faits, leur seule exposition, ne permet qu’un ressassement tautologique étouffant, leur mutation en écrit leur ménage une sortie vers un ailleurs.  Elle transforme le confort pépère de la confession en œuvre.

Apparemment il décoche ses phrases en espérant qu’elles transpercent le temps à rebours comme des flèches Mais pour aller se ficher où

Dans tout lecteur attentif…

David Besschops, Besschop(s), 2015, L’Âne qui butine.

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