« Centurie » de Giorgio Manganelli.

Centurieles coups de téléphone viennent du monde, ils sont, en définitive, l’unique preuve qui lui soit concédée de l’existence du monde. Mais pas de son existence à lui.

Dante, Boccace, Chaucer… D’autres, prestigieux, s’y sont essayés avant Girgio Manganelli. Rassembler en un ensemble précisément une centaine de chants, de poèmes ou d’histoires. Soit s’articulant simplement autour d’une symbolique dont l’histoire est riche, soit y mêlant des considérations plus immédiatement formelles, ces illustres exemples servent moins à Manganelli comme piédestal que comme lointain mais utile rappel. L’ascendance fonctionne ici comme un référent parmi d’autres. Centurie est bien plus qu’une énième reprise formelle ne trouvant son sens que dans un héritage dont l’auteur prétendrait « rénover », « actualiser » ou « révolutionner » l’origine.

L’absence, cela va de soi, n’a rien à voir avec le vide.

Centurie se compose donc bien de cent « nouvelles », « fragments », « histoires ». Un homme qui décide de ne plus parcourir l’espace, mais uniquement le temps, un autre qui a décidé depuis toujours d’être « killer », un autre encore qui a découvert la preuve irréfutable de l’existence de Dieu, une femme qui a accouché d’une sphère. A chaque fois, sur une page, Giorgio Manganelli nous déroule le fil complet d’un récit. Jamais tout à fait i- ou sur- réalistes (car alors discrètement placé sous le signe d’une possibilité d’onirisme ou de « dérangement »), ni platement « positivistes », chacun de ces récits louvoie subtilement entre les genres et les ambiances. Complets par eux-mêmes, achevant (parfois en en annulant l’effet originel) l’action qui s’y initie, chacune de ces parties est résolument indépendantes de l’autre. Si peuvent s’y déceler des thèmes récurrents (la défiance en l’amour, le doute d’exister, la dichotomie entre le « sentir » et l’ « être »,…) ou des traits communs dans ses personnages, il apparaît vite que rassembler l’extraordinaire diversité de ces histoires sous quelque étendard que ce soit s’apparenterait à un forçage. Centurie a comme sous-titre cent petits romans-fleuves. Et c’est bien de cela dont il s’agit. D’une suite de fleuves, prenant source, suivant leur cours et débouchant quelque part. Centurie est une mer et il n’est pas d’étendard qui le résume car il est infini.

il sait qu’il est, comme tous les autres, le centre du monde qu’abandonnent infiniment des quantités d’infini.

Giorgio Manganelli, Centurie, 2016, Cent Pages, trad. Jean-Baptiste Para.

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