« Chemins de l’art. Transfigurations, du pragmatisme au zen » de Richard Shusterman.

chemins de l'artL’art, de tout temps, a entretenu des rapports ténus avec la religion.  Et le vingtième siècle, comme le notre naissant, ne voit pas s’abolir ces liens.  Soit l’art est vu, comme le prédisait déjà Mallarmé, tel ce qui viendrait remplacer la religion, soit comme ce qui la prolongerait.  Qu’elle soit vue en terme d’évolution ou d’émancipation, la relation qui les unit est toujours là.  Questionnant du même regard celle qui lie art et vie.

En liquidant la religion de la beauté, l’avant-garde maintient une religion de l’art.

Chez Arthur Danto, il y a une différence absolue entre art et réalité.  En ce sens, le célèbre philosophe de l’esthétique se situe dans le droit prolongement de la philosophie occidentale qui a isolé l’un de l’autre.  Et le rapport entre eux se fait par une transfiguration « transcendantale » où ce qui est traité l’est au moyen d’un changement d’état.  La différence est à ce point irréductible que la transfiguration qu’est l’art ne peut se dérouler, pour Danto, que dans le cadre d’un changement radical de statut métaphysique.  Et le langage très religieux de l’analyse de Danto (« musée-église », « apôtres », « sacrilèges ») ne fait qu’exacerber l’irréductabilité de cette différence par tout ce que cette terminologie rappelle de la transcendance, du Dieu désincarné, à l’écart.

Le concept zen de l’art comme transfiguration désigne la possibilité d’imprégner des objets et des évènements ordinaires d’un sens et d’une valeur plus intenses au moyen d’une attention, d’un souci et d’une intériorisation plus élevés.

Richard Shusterman tente ici de « dépasser » cette différence.  Pour lui, si la différence entre art et vie ne peut être occultée, une esthétique pragmatique se doit de concilier l’approche typiquement « judéo-chrétienne », transcendantale, de la transfiguration avec une autre, immanente, issue de la pratique zen.  En ce sens, la transfiguration ne suppose plus une différence ontologique rigide entre réalité et art, ni un changement d’état métaphysique mais de perception.  L’art lui-même serait alors une tentative de réunir art et vie au travers d’une perception consciente améliorée et d’une stylisation de l’ordinaire.  L’art serait de l’ordre du quotidien, redonnerait son goût à l’ordinaire en tant qu’ordinaire.

Richard Shusterman, Chemins de l’art.  Transfigurations, du pragmatisme au zen, 2013, Al Dante, trad. Raphael Cuir.

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