« Comment philosopher en islam? » de Souleymane Bachir Diagne.

Comment-philosopher-en-Islam-_5365Il n’y a pas si longtemps de cela, nous trébuchâmes sur ceci (oui oui, le site vaut le détour).  Certes, nous ne prétendons nullement accorder à la Chantal Goya du concept l’attention qu’il a déjà trop, ni lui prêter un intérêt qu’il n’a pas.  Il n’empêche que cette intervention, toute bête qu’elle est, révèle très bien une certaine mode qui, si elle s’exerce particulièrement férocement de nos jours sur l’islam, n’en est pas moins une constante lorsqu’il s’agit d’attaquer férocement (croit-on) l’autre.  En gros, pour clarifier la pensée onfraisienne, cela donne ceci : le musulman est sanguinaire car le texte qui fonde sa croyance l’est.  Le plus stupide n’étant pas même de faire reposer la subtilité de cette analyse sur la bêtise bien évidente du croyant mais, bien inconsciemment, sur celle de qui la condamne.  Car, si on ne s’abuse pas (et on abuse de beaucoup de chose, moins de soi-même), attaquer l’autre sur base de son littéralisme en l’étant soi-même, c’est un peu circulaire…  Car ce que dit notre diva de la pensée n’est pas moins que ceci : le texte dit, le lecteur fait.  Et qui des deux est le plus sous l’emprise de sa propre croyance : le musulman qui fait aveuglément ce qu’un texte lui suggère, celui-ci lui venant du dieu auquel il accorde sa foi, ou l’onfraisien, qui croit que tout qui croit agit aveuglément?  Hein?  La foi a de ces mystères…

Puisque la révélation parle à des hommes qui pensent, il n’y a jamais de degré zéro de l’interprétation, le littéralisme étant simplement UNE lecture qui prétend n’en être pas une.

Cette phrase qui s’adresse aussi bien aux neuneus barbus qu’aux neuneus crollés ou chauves leur rappelle que face à tout texte, se trouvent des lecteurs censés penser.  Et que lire, quoique ce soit, bien loin de suspendre la pensée, la requiert entière.  Et plus souvent qu’on ne le croit, la suscite.  Et c’est bien là que réside un des premiers intérêts de ce livre, de montrer (et besoin en est manifestement) qu’un texte dit sacré (ici un coran, mais c’eût pu être un autre) puisse recéler en son sein la nécessité de la philosophie.  Ainsi en va-t-il des vides (et toute théologie (ou idéologie), quelque soit sa volonté totalisante, en est percée) qu’il permet d’investir.

Qui doit gouverner?

L’auteur, en nous rappelant que les quatre premiers califes de l’histoire musulmane furent choisis chacun de manière bien différentes : consensus, testament, élections, désignation d’office pour cause de guerre, nous démontre que, dès ses premiers instants, la question du gouvernement en islam fut investie par la philosophie

Où donc sera-t-on allé chercher que l’on ne peut en Islam séparer la religion et l’état?

Probablement dans la seule volonté de n’y pas croire.  Et cette nécessité de la philosophie est d’autant plus prégnante quand elle sourd du texte lui-même.  Ainsi en va-t-il du verset 7 de la troisième sourate (mais pour cela, évidemment, il faut lire le coran autrement qu’avec un générateur de statistiques) qui pose, au sein même du coran, la question de son interprétation…  Quel plus beau gage donné à la philosophie?

Souleymane Bachir Diagne, en posant la question du comment, en revenant sur la richesse de l’expérience philosophique (toute imprégnée de rencontres) qui jalonne son histoire depuis ses débuts, réaffirme la possibilité d’un philosopher en islam et, conséquemment, en renouvelle l’urgence.  Par delà les oukases des contempteurs haineux et face à ceux des fondamentalistes religieux, il oppose la vigueur d’un fondamentalisme différent.  Fondamentalisme aussi car se refusant à l’accessoire, s’en défiant pour mieux revenir à l’essentiel.  Mais différent car là où le religieux est réactif, celui qu’il lui oppose se veut faire porter à l’islam les exigences de progrès que pose le présent.

« Moderniser l’Islam » et « islamiser la modernité » sont deux réponses opposées à une même interrogation mal posée.

Souleymane Bachir Diagne, Comment philosopher en islam?, 2014, Philippe Rey/Jimsaan.

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