Copé en Pléiade!

BisousTrès chère Danielle,

Jusqu’il y a peu, nous ne nous connaissions pas.  Et jusqu’à ce que notre regard torve s’accroche à ton nom placé au bas de la préface du volume Pléiade des « Œuvres poétiques et dramatiques » de Charles Péguy, nous n’avions pas même connaissance de ton nom.  Nous en avons d’autant plus été étonné que tu sembles pourtant si bien nous connaître.

Au début, ta préface est plutôt pas mal.  Tu abordes intelligemment l’œuvre poétique de Charles, en en articulant bien les différences d’avec sa prose, en la re-situant dans son processus créatif général.  C’est intéressant et ça donne envie de la lire, sa poésie.  Puis, tu passes très rapidement à une remise en question de la réception de son œuvre.  Nous, on aime pas trop ça.  Mais bon.  Dans le cas de Péguy, ça peut se justifier.  Difficile en effet de ne pas faire allusion à l’intérêt disproportionné accordé à certains pans nationalitico-patriotico-catholiques (pour faire simple) de son œuvre en regard du reste.  Et de le déplorer.  Certes.  Mais tu eus pu t’y arrêter pour recentrer ton exercice sur l’œuvre que tu es sensée introduire.  Mais non.   Manifestement quelque chose te titille.  Et là, bardaf, tu pars en vrille.

Péguy, de son propre aveu, a toujours tout pris au sérieux, les mots plus que le reste.  Que le langage puisse être sa propre fin, et le poète se contenter des sons, cela n’entre pas dans ses schémas mentaux.  Un poème de Péguy ne sera jamais ce joli objet de langage clos sur lui-même adulé par la modernité, « aboli bibelot d’inanité sonore ».

On sent bien l’ironie.  Aux effluves de cuir du Pléiade entrouvert se joignent ceux du mépris.  Reprenons donc pour faire simple : selon toi, Péguy aime les mots mais pas au point de faire ce truc un peu débile que font les Mallarmé et consorts, cette poésie hermétique, se regardant le nombril (voire plus bas pour la poésie onaniste), ce truc d’Happy few.  Truc, qui plus est, (et tu t’étends dessus dans les pages qui suivent) qui est très à la mode, voire hyper tendance.  Pire même, commun.  A te lire, la caissière de notre supermarché s’exprime en anaphores hermétiques, nos enfants sont éduqués en sonnets de Bonnefoy et, dans le stade du PSG, les supporters chantent haut et fort « Pli selon pli » de Boulez…  Poursuivant sur ta lancée intrépide tu conclus par ces mots sublimes :

de tous ses écrits, sa poésie est ce qui paraît le plus inactuel.  Elle est peut-être ce qui est le plus nécessaire, ce dont nous avons faim et soif.  Une parole sensée, bonne et juste

Une parole sensée, juste et bonne…  Diantre.  Définir une poésie comme celle de Péguy par des mots empruntés à un discours de Jean-François Copé (ou Charles Michel, notre JFC à nous par-delà Quiévrain)!

Très chère Danielle, laisse moi te dire ces deux trois choses :

-la poésie de Mallarmé n’est pas close sur elle-même.

-j’aime la poésie de Charles Péguy ET celle de Mallarmé et connais plein de gens pour qui c’est la cas.

-mon expérience (du moins celle issue du monde dans lequel je vis, qui n’est peut être pas le même que le tien) me dit que ce qui est à la mode maintenant en terme de poésie est plutôt Maurice Carême, les soleils, les fleurs et les nenfants avec des lapins…

-le pré carré des amateurs de poésie n’est à mon avis pas assez étendu que pour le morceler plus encore

-des grosses bêtises écrites sur papier bible restent des grosses bêtises…

A bientôt.

Bisous.

Ptyx.

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