« Dans les antres de la sagesse » de Peter Kingsley.

Dans les antres de la sagesseDes pans entiers de notre histoire doivent être réécrits.

La figure de Parménide dans l’histoire de la philosophie occidentale est liée à son début.  C’est en lui, et les nombreuses exégèses du vingtième siècle (qu’elles soient heideggériennes ou autres) n’y coupent pas, que l’on découvre déjà comme réalisés entièrement les fondements qui innerveront toute la philosophie.  Séparation du magique et du réel, clivage âme-corps, délimitation d’un domaine de la sagesse qui en exclut les passions, toutes les dualités à l’œuvre dans la philosophie occidentale sont sensées se retrouver chez Parménide qui ainsi l’inaugure.

l’inconvénient qu’il y a à créer des génies, c’est que plus nous les grandissons, plus longue est leur ombre portée et plus grand le nombre de ceux qu’ils cachent et plongent dans l’obscurité.

Quand bien même les nouveaux développements philologiques permettent d’affiner l’étude du poème parménidien, l’éclairage jeté sur son œuvre reste fondamentalement platonicien.  Et à vouloir s’en détacher absolument amène plus à créer son Parménide qu’à le rétablir dans sa vérité.  Pour Peter Kingsley, c’est dans son contexte que se dévoile un Parménide neuf.  Les nombreuses et récentes découvertes archéologiques nous montrent ainsi un monde antique bien moins simple qu’il n’y paraît.  Où Apollon n’est pas que ce Dieu de la lumière qu’a fabriqué la tradition mais aussi issu et tissé d’ombres.  Où se lisent sur les stèles récemment exhumées les liens qu’entretenaient les sages d’antan avec les techniques d’incubation.  Où, derrière les ors un peu pompeux d’une Grèce rêvée, se rappellent les origines phocéennes du penseur de Vélia.  S’y décèle alors un Parménide guérisseur, un Parménide magicien.  Aux antipodes de la construction (de la fiction) d’un Parménide platonicien se dresse sous la plume de Peter Kinsley un Parménide chamane.

Si les recours à l’anathème un peu facile de la personne du « savant » (manière un peu courte de se défier par avance de l’accusation éventuelle lancées par ces mêmes savants de n’en pas être un), si le rappel trop fréquent (et très court) que notre monde résulterait de la corruption d’un autre (entendez-y qu’il y a eu perte, affaiblissement, que l’auteur s’entend à attester et déplorer), si tout cela peut logiquement énerver, il n’en demeure pas moins que la vitalité de l’analyse de Peter Kingsley déploie le champ des possibles et, en ré-ancrant un penseur dans le contexte religieux, politique, culturel et géographique qui l’a vu évoluer, celle-ci se trouve être, en négatif, un remarquable exercice de compréhension des mécanismes œuvrant à la fabrication de l’histoire.

la sagesse demande tout ce que vous êtes.

Peter Kingsley, Dans les antres de la sagesse, 2007, Belles Lettres, trad. H.D.Saffrey.

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