Des Afghans dans la crèche et du Clayderman chez les Verdurin.

CLAYDERMANQu’est devenu Noël chez beaucoup sinon un réflexe?  Comme tant de rituels coupés de leurs fondements par le temps et/ou l’ignorance, une fête peut arriver à se vider de son sens au point d’en arriver à signifier son contraire.  Le pourquoi originel du sapin, par exemple, n’est plus saisi, ni celui, autre exemple, de la date du 25 décembre (il serait intéressant d’ailleurs de constater la consternation dubitative sur le visage noëlifié de la mère de famille à qui on révélerait les origines mithraïstes sanglantes de la date en question.).  Mais plus encore que ces origines un peu érudites, c’est l’essence même de ce que beaucoup fêtent qui ne semble plus être saisie.  La naissance du christ, c’est (en tant que signifiant même, hors foi et théologie) l’offrande d’une vie.  Alors que ce qui est nommément fêté est un geste vers l’autre, dans nombre de « familles » (ah, la famille, cette magnifique machine à exclure), la fête se réduit à un entre soi obstiné.  Dont toute raison susceptible de le gâcher (l’autre, la pensée triste (idéalement la pensée tout court)) doit être écartée.  Y suffisent souvent la cravate, les petits fours, les bulles, les sourires convenus, le Norman, les cadeaux (toujours plus, pour couvrir les silences).  Noël devenant un peu une fête des Verdurin.  Mais où, au lieu du Vinteuil, on y écoute du Clayderman.

Et puis, dans une église (ce ne doit pas être un hasard), celle du Béguinage, près du centre de Bruxelles (à deux pas de tout ce que vous pouvez acheter), une centaine d’Afghans (des hommes, des femmes et des enfants) déboutés de leur droits d’asile ont élu domicile.  On ne reviendra pas ici sur la légitimité de leur demande, ni sur les évidences éthiques que piétinent allégrement d’aucuns sous les prétextes fallacieux (mais si pratiques) de la loi et du bon sens.  Ce qui est marquant ici, les « fêtes » approchant, c’est que trois jeunes belges, consternés par tant d’indifférence, ont décidé il y a une vingtaine de jours d’entamer une grève de la faim.  Une grève de la faim pour demander une régularisation sans condition de gens dont ils ne parlent pas même la langue.  Se mettre en danger pour quelqu’un qu’on ne connaît pas.  Faire offrande de son corps pour l’autre, le vrai autre.  Bien loin de celui qui n’a plus conservé du rite que son côté rassurant – le même étant souvent celui qui, sans plus rien connaître de ce rite, en défendra bec et ongles l’héritage, s’en considérant le dépositaire en en excluant l’autre – bien loin de celui-ci donc, à son opposé même, c’est dans la sublime figure de ces trois exceptions que se manifeste l’essence véritable d’un rite que des temps tout voués à l’avoir occultent.

Voilà pour la théorie!

Pour la pratique, nous vous enjoignons vivement à visiter les afghans et leurs soutiens multiples à l’église du béguinage.  Physiquement.  Vous y trouverez des gens qui se battent certes, et pour l’essentiel.  Mais dans une dignité joyeuse.  Et votre visite compte.

Virtuellement nous vous convions à visiter ces sites (il y a les afghans, mais pas que…) :  https://450afghans.owlswatch.net/contribuer.php, http://regularisation.canalblog.com/, http://www.cire.be/, http://www.gettingthevoiceout.org/.

Vous pouvez aussi signer une pétition ici : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Gouvernement_belge_Soutien_aux_revendications_des_refugies_Afghans?mobile=1.

Et sinon, sachez qu’un pourcent du chiffre d’affaire que vous nous permettrez de rassembler lors de ce mois de décembre leur sera intégralement reversé.

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(1 commentaire)

    • Hélène on 14 décembre 2013 at 12 h 13 min
    • Répondre

    Merci à vous de vous engager comme vous le faites. Nous et les Afghans apprécions énormément. Bravo et bonne continuation.

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