Des papiers pour la licorne!

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Nous ça va.  Merci beaucoup.  On a pu manger de la viande (de volaille hachée et périmée certes) le mois passé.  Nous sommes passés récemment au bain hebdomadaire à l’eau chaude (ce qui, pour notre clientèle, est aussi un investissement, le travail de libraire faisant transpirer parfois d’abondance).  Nous envisageons même dans les prochaines années pouvoir abandonner notre autre profession de vendeur nocturne de marrons froids (qui ne fut d’ailleurs jamais rentable).

Pour d’autres par contre, l’avenir, à les entendre, s’annonce glauque.  On pense ici aux appels, se voulant volontaristes mais sonnant un peu désespérés, lancés par la librairie La Licorne à Uccle et 100 Papiers à Schaerbeek.  Appels d’autant plus désespérés qu’ils ne sont pas même relayés par le Syndicat des librairies francophones de Belgique dont le titre ronflant est à l’image de ce qui semble être devenue son activité principale : dormir paisiblement.  Alors certes, leurs projets respectifs sont, pour certaines parts, à l’exact opposé du notre.  Alors que l’une envisage de recentrer son activité sur « ce qui marche » et donc « abandonner les sciences humaines », l’autre, depuis bien longtemps, ancre son activité dans un régionalisme airtébéèf bercé de Founkimous.  Pas de quoi donc nous donner vraiment envie de fonder une joint venture…  Quant aux raisons sensées justifier leur situation : Amazon, les gens lisent moins, les tablettes, internet, etc… toutes si habituelles, elles s’apparentent fort, par-delà leur réalité, à un cache-sexe « ouin-ouin » utile à dissimuler des carences souvent plus profondes.  Et puis aussi les noms!  Non mais franchement.  En nos temps où le sans-papier n’est à la mode que mort au fin fond de la Méditerranée, appeler sa librairie de ce nom, c’est se couper d’office de la majorité!  Et nommer son commerce du nom d’un animal qui n’existe même pas, c’est pas fait non plus pour rassurer les banquiers!  Pas de quoi s’attirer notre sympathie, nous direz-vous!  Juste une ironie mordante mâtinée du plaisir cruel de voir se mourir à petit feu un concurrent!  Et pourtant!  Et pourtant, ce serait si mal nous connaître!

Car, nonobstant ces différences irréconciliables, il s’agit quand même bien de librairies, diantre!  Dont on sait, qui plus est, les libraires fort sympathiques et dévoués aux livres.  Et ces différences elles-mêmes, qui nous énervent tant, sont aussi ce qui fondent une diversité, une richesse (nonnon on n’a pas dit que Founkimous recelait une quelconque richesse).  Et puis un maillage de librairies (fort peu serré à Bruxelles) n’est nullement une concurrence nuisible, mais une vraie chance (qu’il suffit de saisir) de développer chacun un sens propre.  Et puis, qu’y trouverait-on sinon, dans ce lieu qu’une librairie délaisserait?  Un énième sushi-bar bio, un magasin de pompes, un concept-store (oups)?  Non mais franchement!  Et puis un livre, aussi mauvais soit-il, a toujours une utilité.  Au pire (ou au mieux, c’est selon…), avec, par exemple, la dernière jardinerie alexandrine, pourrez-vous allumer votre barbecue.  Essayez ça avec une Nike Air!

Voilà donc d’excellentes raisons pour vous demander d’envoyer quelques centaines (ou milliers) de papiers avec des euros dessus à la Licorne!  Et aussi plein de licornes à Schaerbeek!

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(2 commentaires)

    • Ana Gavalda on 25 septembre 2014 at 15 h 35 min
    • Répondre

    Le ton est serré comme le café d’un matin sans rien.
    Oui, ça vaut le coup de se tenir les coudes, mais en donnant un coup dans les genoux.

    Appeler à soutenir en visant les couilles, (si une licorne a des couilles)… BOF.

    Y avait moyen d’être drôle, voire ironique et de pas noyer le bébé en usant d’une forme qui n’épuise pas le fonds.

    Mais bon, c’est l’intention qui compte?

    1. Chère Ana, nous ne savons précisément où les idées des projets de La licorne ou de 100 papiers ont pu germer. Nous pensons personnellement que le siège de la fabrique à idée ne se situe pas là où vous le mettez. Mais bon… Quant à ces projets mêmes, effectivement, nous n’y souscrivons pas. Et c’était bien l’objet de notre chronique que de soutenir le livre sans vouloir cautionner certaines pratiques réductrices. Pour reprendre votre image gynécologique : tout soutien n’a pas vocation à être castrateur…

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