« Deuxième Quodlibet » de Richard de Mediavilla.

Deuxième quodlibetEst-ce qu’une fève en trajectoire ascendante, qui rencontre une pierre de meule animée d’un mouvement descendant, marque un temps d’arrêt?

Ah les scolastiques! Coincés entre une antiquité dont leurs temps auraient pour ainsi dire tout délaissé et une Renaissance qui s’y serait replongé comme malgré eux, leurs trois siècles d’activité sont encore souvent regardés avec une relative indifférence. Alors que le Moyen Âge n’est certes plus cette période creuse de l’intelligence humaine, cet autre nom pour « des temps obscurs », on n’accorde qu’assez peu de crédit encore aux œuvres de pensée de ce courant. Comme s’il ne s’agissait de ne réhabiliter qu’un Moyen Âge qui convient, le scolastique reste ainsi presque un autre terme pour « pinailleur », « coupeur de cheveux en quatre » et autres raccourcis. L’amusement à priori tout juste poli – on ne peut quand même plus impunément rire en bloc du Moyen Âge… – exonérant alors de les lire avec attention.

Le projet de cette bibliothèque scolastique est précisément, par la grâce, tout simplement, d’une mise à disposition du grand public d’une édition et d’une traduction rigoureuses des grands textes de cette période, de rappeler la vivacité d’une pensée aux antipodes des clichés. Au croisement de la philosophie, de la théologie, du droit, des sciences, les questions auxquelles se soumettent les scolastiques nous éclairent encore aujourd’hui. Non seulement car leurs réponses ont pu être à l’origine de développements essentiels de notre modernité (tout contrat est ainsi une émanation du fameux « Traité des contrats » de Pierre de Jean Olivi) mais également car les moyens mis en oeuvre – pour autant qu’on ne les affuble pas d’anachronismes goguenards – offrent des outils logiques encore souvent pertinents ainsi qu’un écolage encore redoutable à penser juste.

Ainsi de la question ci-dessus. Si la fève montante marque un temps d’arrêt, n’en est-il pas de même de la pierre descendante? Mais la fève légère stopperait alors la lourde pierre de meule?!? Dans l’ignorance, par exemple, des forces newtoniennes ou, autre exemple, des mécanismes intellectuels qui permettront de résoudre les paradoxes de Zénon, la réponse à cette question nécessite la mise en oeuvre d’un appareil logique et rhétorique conséquent. En recourant à l’angéologie, à la physique d’Aristote – parfois contre elle-même -, à la théorie des accidents, Richard de Mediavilla s’appuie sur toutes les subtilités des savoirs de son temps pour résoudre ce dilemme. Dilemme dont il bon de ne pas oublier qu’il demeure bien scientifique. Au antipode des pinaillements gratuits, les trésors de raisonnement qu’il met en branle, s’ils ne s’articulent plus de nos jours selon les mêmes modalités, gardent cependant la saveur et la rigueur d’une architecture aujourd’hui toujours indispensable.

Richard de Mediavilla, Deuxième Quodlibet, 2016, Les Belles Lettres, trad. Alain Boureau.

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