« Dictionnaire historique et critique. Miscellanea philosophica » de Pierre Bayle.

 

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185!  C’est le nombre d’années qu’il aura fallu attendre pour voir rééditer en partie (hormis un fac-similé un tantinet onéreux – 2306,00 CHF tout de même! – chez Slatkine en 1995) l’un des chefs d’œuvre incontestable de l’histoire de la pensée.  C’est en 1697 que Le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle sortit des presses amstellodamoises de l’éditeur Reinier Leers pour la première édition.  Et dès ce moment, il fut considéré par tous ceux qui l’approchèrent comme une des tentatives les plus téméraires et les plus abouties de saisir le réel dans son ensemble. Référence indispensable pour nombre de chercheurs tous domaines confondus pendant des décennies, inspiration directe des fondateurs de l’Encyclopédie, ouvrage culte pour certains bibliophiles, bible du scepticisme, tout cela n’empêcha pas cette œuvre hors normes de sombrer dans un relatif anonymat…

Ce dictionnaire se présente comme une suite alphabétique d’articles sur des personnages illustres de l’histoire (Aristote, Bacon, Mahomet, Spinoza ou Rorarius, par exemple…) mais sous une forme un peu particulière.  L’objectif de Pierre Bayle étant, si pas l’exhaustivité (qu’il savait inatteignable par essence), du moins d’y tendre  – comme, en mathématique, on dit d’une suite qu’elle peut tendre vers l’infini -, il ne s’agissait pas simplement de faire se succéder pages après pages des savoirs présentés nus, platement, dépouillés de leur histoire.  C’eût été affirmer, comme par défaut, l’objectivité inhérente des connaissances sur le personnage en question.  En ne mettant pas en scène l’histoire des connaissances qui porte sur un sujet, les doutes qui y pèsent encore, on avait, pour Bayle, tendance à le donner à voir comme immuable.  L’impression d’objectivité qui en découlait fatalement se profilant alors à la manière d’une brume, rassurante certes, mais mensongère.  Il fallait donc aussi donner à lire, en sus de la connaissance elle-même, son élaboration (tant passée – son histoire -, que présente – ses doutes).  Et cela dans la page même.

Mais comment, me questionnerez vous?  L’article proprement dit est placé en haut de page.  Il est annoté doublement.  Une partie des annotations figure en marge de part et d’autre de l’article.  Les autres annotations sont disposées en deux colonnes sous l’article.  Ces deux colonnes sont elles-mêmes annotées de part et d’autre en marge.

Pierre Bayle 2Les notes en marge de l’article principal, sorte de « narré succinct des faits », sont des notes bibliographiques au sens strict ou des renvois à d’autres articles du dictionnaire.  Les autres disposées sous l’article en colonnes sont elles des remarques, « un grand commentaire, un mélange de preuves et de discussions ».  Ce commentaire, lui-même annoté, prenant – largement! – plus de place que l’article qu’il est censé commenter.

En articulant pour la première fois dans l’histoire (du moins à ce niveau) sur une même page une idée et sa construction, Pierre Bayle donne à lire, dans cette langue typiquement 17ème, sublime, cette quintessence du scepticisme qu’est la pensée laissant transparaître les moindres fils dont elle est tissée.  Véritable développement spatial de cette pensée, il fallu les outils pour la rendre à nouveau dans toute sa splendeur.  Ce qu’Alexandre Laumonier (plus d’info ici), s’aidant d’outils typographiques, informatiques et logarithmiques novateurs a réalisé magnifiquement après vingt années de doutes, de tergiversations et de sueurs.  Un Must have absolu!

bayle 2Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique. Miscellanea philosophica, 2015, Belles Lettres & Ecole supérieure d’art de Cambrai & Alexandre Laumonier.

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