« Dix yuans un kilo de concombres » de Celia Levi.

Dix yuansrien ne fonctionne, nous sommes nous-mêmes comme des objets branlants.

Xiao Fei vit à Shangaï avec sa vielle mère et ses sœurs.  Dans ce Shangaï bien éloigné des images de modernité clinquante, alors que sa lointaine cousine d’Amérique leur rend visite, Xia Fei voit peu à peu sombrer le peu qu’ils possédaient encore.  Les lattes défaites du plancher laissent passer les cafards qui lentement colonisent la maison.  Les canalisations, non entretenues, se bouchent irrémédiablement, comme le trou dans le toit, non réparé, s’agrandit.  Tout cède.  Et doucement, le pire s’installe.

ce qui était étrange c’était que cette situation exceptionnelle n’empêchait ni le jour de se lever ni la nuit de tomber.

Tout est extérieur à Xiao Fei et son entourage.  Rien ne les légitime par eux-mêmes seuls, pas même leurs raisons de continuer (à vivre, à espérer).  Ils ne sont que rouages.  Et, pour continuer à vivre quand même, Xiao Fei a choisi le conditionnel d’une vie rêvée.

Il sentait son âme tendre à de grandes actions, à de grandes idées.

Se remettre à la calligraphie.  Se rêver en dissident.  Connaître l’amour avec la cousine américaine.  L’imagination ne lui sert pas de ferment pour l’action, mais de refuge.  D’où la réalité se doit d’être expurgée comme un détail gênant.  Où le quotidien sert d’excuse (Comme il lui arrivait si fréquemment, il imputa au quotidien la cause de son incapacité à créer).  Où l’absence de réaction (l’ataraxie) n’est plus le résultat d’un long cheminement mais un déjà-là que l’évocation de la sagesse vient légitimer (si je ne réagis pas, c’est parce que je suis sage).

Sa recherche d’un absolu se limitait à la projection d’un mythe dans un monde où il était non seulement obsolète mais irréalisable.

Célia Levi, d’une écriture subtile et implacable, nous plonge dans la psychologie d’un anti-héros, oublié de la mondialisation.  Dont les dégâts se lisent aussi dans les tourments de nos hésitations à encore arpenter les chemins du réel.

Il referait ce qu’il avait fait la veille, et la nuit il repenserait à sa journée inlassablement, jusqu’à l’écœurement.

Celia Levi, Dix yuans un kilo de concombres, 2014, Tristram.

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