Du jambon, des points et des contrepoints.

sangIl y a peu,le nouveau ministre de la police du riant Royaume de Wallonie-Flandre, y allait d’un « Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. » qui souleva un timide mascaret tout juste indigné en flandre et un tsunami outré en wallonie (oui, les minuscules sont voulues).  A cela, il répondit ceci :

A aucun moment, je n’ai soutenu la collaboration de quelque manière que ce soit. On ne peut justifier la collaboration. Ce fut une erreur historique avec de lourdes conséquences.

Nous pourrions nous étendre encore sur ce « Les gens qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. »  On pourrait rappeler que, effectivement, on a tous des « raisons » de faire quelque chose.  Que rien de ce que nous faisons n’échappe à une « raison ».  Inconsciente ou non.  Morale ou pas.  Bonne ou mauvaise.  C’est donc un fait auquel rien n’échappe.  Une évidence, donc.  Nous pourrions alors insister qu’il existe une différence irréconciliable entre un fait qui ressort de l’évidence et le fait de l’exprimer.  Que ce n’est pas parce que, effectivement, nous avons tous des « raisons » de faire quelque chose (mettons, de manger par exemple, ou de nous curer le nez méthodiquement chaque matin), que nous en faisons état.  Et que, finalement, dire une évidence (commettre un truisme) déborde toujours ce qui en est dit.  Et que sous l’apparence de l’énoncé de la logique implacable du « tout le monde a toujours des raisons de faire quoi que ce soit » se logent d’autres « raisons »…  Mais bref.

Dans le communiqué ci-dessus, présenté comme une clarification et venant clore tout débat, figurent des points.  La fonction du point, qui est d’arrêter la phrase, de la laisser respirer, de césurer un récit, de marquer des temps, laisse bien souvent la phrase comme prise dans la gangue du point, encadrée par celui-ci.  Sa fonction, qui est de rythme, peut créer du souffle et surtout de l’abrupt.  Le point clôt.  « Ma phrase se termine.  Je me suis exprimé.  Tout dehors à ce qui a été dit et terminé par un point serait de l’ordre de l’interprétatif.  Et donc déborde le cadre de ce que j’ai exprimé. »  Mais ici, le point clôt tôt.  Pourquoi l’erreur est-elle historique?  Quelles sont ces lourdes conséquences?  Et pour qui sont-elles, ces conséquences?  Pour ceux que les collaborateurs flamands ont déporté?  Pour les juifs dont les collabos fermaient les portes des wagons?  Si cette interprétation est possible, d’autres également.  Ne serait-ce pas aussi le collabo flamand qui a du payer cher ses actes, ostracisé cinquante ans durant?  N’est ce pas le mouvement flamand qui a du pâtir de son choix d’épouser (épousailles de raison) les thèses finalement vaincues?  Autrement dit, cette fameuse « erreur historique » ne serait-elle pas une erreur stratégique?  D’un discours semblant fondé sur l’éthique, on glisse alors vers des paradigmes logiques.  Avec les mêmes mots.  Tout dépendant de ce que le lecteur loge dans ces fameux points.  Et, bien entendu, en laissant à l’intéressé toute liberté de se défendre d’une interprétation qui, suivant le public devant lequel il se trouve à ce moment-là, ne lui conviendrait pas.  Le fait comme point de départ, et le point comme art.

A l’art du point, nous privilégierions son oubli.  Ou plutôt son remplacement par des prépositions.  Du style :

Le nouveau chef de cabinet du ministre de l’intérieur (et donc en charge de la police fédérale) Jambon (par ailleurs membre du VVB) est ce chauffeur de Porsche, garée en contravention, dont l’immatriculation était illégale et qui ne sera pas poursuivi pour ces faits par la police.

Ou encore :

Le nouveau secrétaire d’état à l’immigration Francken a été ce week-end l’une des vingt personnes invitées à l’anniversaire de Bob Maes qui créa le VMO, dont une des tâches était la bastonnade d’étrangers.

A l’art du point, nous préférons celui du contrepoint…

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