« Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre. » de Paolo Virno.

Et ainsi de suiteLa régression à l’infini survient lorsque la solution d’un problème provoque la réapparition de ce problème lui-même.

Qui a des enfants (mais pas que) ne peut rester insensible à cette « faille » logique qu’est la régression à l’infini.  De la réponse à un pourquoi enfantin à la réponse au pourquoi du pourquoi, à la réponse au pourquoi du pourquoi du pourquoi, le cheminement, s’il n’en prend pas toujours les détours précis, trouve de nombreux échos avec celui de cette régression.  Différente du cercle (vicieux ou vertueux), la forme que prend la régression à l’infini est celle de la spirale.  Elle s’enracine dans l’éternel retour du même mais en passant des seuils logiques toujours plus élevés.  Elle fait toujours ré-advenir la même question mais en lui créant toujours une nouvelle réponse.  La régression à l’infini fait toujours réapparaître le même problème, certes, et à l’infini, mais modifié, comme toujours nouveau, comme plein des promesses qui les verront se résoudre.  Promesses fausses mais qui incitent, plein d’espoir, à poursuivre plus avant dans la spirale.

Paolo Virno se fait d’abord un devoir d’expliquer la régression à l’infini avant d’en trouver le pourquoi dans nos particularités humaines que sont  l’hyper-réflexivité, la transcendance et la dualité d’affects.  Mais, plus essentiellement, son analyse est avant tout destinée à montrer comment stopper cette régression.  L’arrêt pouvant résulter d’un choix, d’un procédé consciemment mis en œuvre.  Telle cette procédure interrompant la régression en recoupant le terme problématique par un autre issu d’un autre champs sémantique.  Ainsi, pour faire simple, de la peur.  On a peur.  Ayant peur, on a aussi peur d’avoir peur.  Et on a peur d’avoir peur d’avoir peur.  Et ainsi de suite.  Mais cette seconde peur (ou la deuxième, ou…), si elle fait ré-advenir le premier terme (ou celui qui le précède), ne s’y limite pas.  Son second terme en enrichit le second qui le dépasse pour, comme en changeant de registre, résoudre, ad minima, la régression.  Et ainsi, la peur devient angoisse.

Ancrée dans le langage (La régression à l’infini est la fatalité qui attend ceux qui veulent exprimer par des mots le fait que l’on parle.), la régression à l’infini est bien plus qu’une simple et bien identifiable faille logique.

l’histoire de la philosophie est dans une mesure très large, et même décisive, l’histoire des tentatives pour mettre un terme à la régression à l’infini.

Cet « ainsi de suite » vertigineux ne peut être résolu que par un « ça suffit comme ça ».  Alors que l’on tente souvent de faire de la philosophie un geste, un mouvement, puisant chez Kant, Wittgenstein et confrontant sa pensée à l’expérience politique, Paolo Virno nous rappelle qu’elle est avant tout arrêt, et que, comme les habitudes sont les cristaux de la pratique, ceux de la pensée sont les idées.  Et, en hissant ce détail qu’est la régression à l’infini à des niveaux d’interprétation inédit pour en redécouvrir l’aspect originaire, il en renouvelle l’urgence.

L’interruption de la régression est le geste adaptatif, manifestement linguistique, par lequel nous maîtrisons dès l’origine l’inadaptation que le langage même ne cesse de produire.

Paolo Virno, Et ainsi de suite, 2013, Editions de l’Eclat.

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