« Ethique de la considération » de Corine Pelluchon.

L’éthique de la considération […] est indissociable, par définition, de la reconnaissance de la valeur intrinsèque des êtres, du respect de leur altérité et de la diversité des formes de vie, des cultures et parce que la clef du rapport aux autres et du souci du monde est la subjectivité et la tradition.

Le réchauffement climatique et l’implication de l’agir humain dans celui-ci sont des faits incontestables.  Que les animaux humains ne soient plus les seuls à pouvoir être qualifiés de sentients  est devenu une certitude. Dans l’un comme dans l’autre cas, tous les travaux scientifiques les plus sérieux non seulement étayent à l’envi et sans ambiguïté chacune de ces deux vérités, mais aussi, par les voies médiatiques les plus communes, ces travaux scientifiques sont-ils devenus accessibles au plus grand nombre. Nier ces vérités, ou nier les connaitre, n’est devenu l’apanage que de quelques bas-de-plafond intéressés. Pourtant, malgré l’évidence de la situation et l’urgence de celle-ci, et surtout – et c’est bien là que le contraste gêne aux entournures – malgré qu’une majorité existe pour en reconnaître et l’évidence et l’urgence, seule une minorité d’humains agit en accord avec ce double constat.

Plutôt que de s’embarquer dans de sempiternelles arguties psychologico-scientifiques qui n’aboutissent bien souvent qu’à creuser un clivage plutôt qu’à le combler ou l’expliquer, Corine Pelluchon s’intéresse ici aux causes morales de cette ambivalence. Et ceci justement, non pas en jugeant l’éventuelle déficience morale de qui n’agirait pas en accord avec ces constats neufs, mais au contraire en cherchant en quoi ces constats nouveaux – la problématique climatique, la sentience animale – demandent, pour être appréhendés précisément, une conceptualisation morale neuve. En d’autres mots, il ne s’agit nullement d’expliquer en quoi un comportement serait, en termes moraux, en adéquation ou en contradiction avec le constat environnemental ou écologique que pose celui là même qui adopte ce comportement, mais bien de déceler, dans les mécanismes mêmes de « fabrication de la moralité » ce qui fonde cette adéquation ou cette contradiction. Et de les dépasser par la fondation d’une nouvelle éthique, dite de la considération.

Si l’auteure saisit parfaitement – et fait comprendre intelligemment – en quoi les structures morales habituelles (l’humilité absente des morales antiques, les rapports compris autrement entre subjectivité et mort dans les morales « historiques », par exemple) ne permettent pas de rendre compte comme il se doit des particularités des implications morales que revêt la situation écologique actuelle, on sera moins convaincu par la construction qu’elle tente de bâtir sur leurs ruines. Cependant, malgré la circularité du propos qui fonde sa « nouvelle éthique » – mais toute éthique non « transcendantale » n’y est-elle pas vouée? – , ce livre nous parait apporter un éclairage indispensable sur la mécanique morale à l’oeuvre dans les questions urgentes de notre époque. Et nous aide, à défaut d’y remédier directement par une construction un peu bancale, à appréhender plus justement notre rapport à celles-ci.

Corine Pelluchon, Ethique de la considération, 2018, Le Seuil.

 

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