« Francis Bacon : catalogue raisonné ».

 

 

Bacon-Catalog

 

Qu’est ce qui est cher? Quand, à partir de quels chiffres, peut-on considérer qu’un objet vaudrait moins que la somme qu’on vous invite à payer pour l’acquérir? Affaire de subjectivité, conjoncturelle, voire éthique pour d’aucuns, la cherté est souvent renvoyée uniquement à la question de l’adéquation entre l’objet et qui le paie, sans plus s’attacher à la réalité des moyens de sa production. En tout cas au-delà d’un certain prix – dont on dira alors qu’il flirte avec l’indécence -, le coût d’un objet ne sera plus envisagé que du côté du sujet. Il est parfois des occasions, dans le milieu éditorial, de vérifier que n’est pas nécessairement cher ce qui vous déleste de plein d’euros.

La peinture de Francis Bacon est typiquement de celle qui propose des défis énormes à qui tente de la proposer dans un livre. Ses effets de transparences, de dilutions, de mouvements, de concaténations, la taille des œuvres, leur texture, leur variations de relief aussi subtiles qu’essentielles, les fonds faussement unis, en rendent toute représentation particulièrement périlleuse. A défaut d’un juste traitement, les œuvres paraîtront ternes, faites d’aplats monotones, sans texture. Au mieux n’en subsistera alors, dépouillée de son extraordinaire mise en oeuvre technique que la vigueur d’un concept. Le premier mérite de ce catalogue raisonné est sans aucun doute là : avoir saisi précisément la difficulté de représenter l’oeuvre de Bacon et s’être donné les moyens d’y pallier, en s’adjoignant les services d’Olivier Dengis, seul photograveur à même de rendre grâce, avec l’aide de l’imprimeur Castelli Bolis, à l’exceptionnelle inventivité du peintre anglais. Superbement proposé sur un papier GardaMatt Ultra, le catalogue se devait de n’être pas qu’une superbe vitrine, encore lui fallait-il la meilleure expertise possible. C’est ici Martin Harrison, le meilleur connaisseur et spécialiste de Francis Bacon, qui s’y colle pour l’édition et le texte. En sus d’une brillante et scientifique introduction, chacune des œuvres représentées est brièvement mais utilement commentée. Aussi complet que possible (y figure même des peintures détruites par Bacon), le catalogue strictement chronologique s’achève sur une magnifique et inédite suite d’esquisses. L’ensemble, somptueusement toilé, compte cinq volumes sous coffret dans lequel chacun reçoit son écrin, 800 illustrations pour 584 œuvres, 1538 pages. Il pèse plus de vingt kilos. Et coûte 1400,00 €.

Et non, il n’est vraiment, mais vraiment pas cher.

Francis Bacon : catalogue raisonné, ed. Martin Harrison, 2016.

Les sons ci-dessous ont été enregistrés lors de l’émission Les Glaneurs sur Musique 3, un programme proposé par Fabrice Kada et réalisé par Katia Madaule. Nous étions ici accompagné par les excellents Septembre Tiberghien et Edgar Szoc.

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