« Global burn-out » de Pascal Chabot.

global  burn-outLes humains se voient modifiés par leur outils.

La plupart des discours portant sur le burn-out sont psychologiques.  Ils ancrent donc la réflexion dans le sujet.  Comme si toute explication sur ce problème devait être expurgée de toute tendance sociétale.  Le propos est ici de d’abord rompre avec ce point de vue et de remettre ce phénomène sur le terrain de la philosophie qu’il n’aurait jamais du quitter.  Cela alors même que tel le laboureur dans « La chute d’Icare » de Breughel, nous détournons les yeux des raisons sociales de la chute de nos contemporains, alors donc que se brûler les ailes par excès est devenu banal.

Le comble de la vacuité est de s’adapter toujours, de ne se réaliser jamais.

A l’époque où est demandé à chacun de s’adapter à outrance, sans tenir compte que l’adaptation n’est qu’une étape de la réalisation d’un individu dans le monde avant d’y laisser sa marque, le burn-out fonctionne comme le piège d’un perfectionnisme impossible.  Il est l’issue où nous pousse une civilisation toute technique dont l’idéal est de faire de nous ce qu’elle considère comme son apogée : une machine.  Et d’ainsi vaincre cette humaine approximation.

Terme d’abord sensé décrire l’état de certains drogués, le burn-out est passé du soigné au soignant, éreinté par sa charge de travail.  Il trouve un parallèle avec la notion d’acédie dans son rapport avec une foi (en Dieu pour les acédiques, en le techno-capitalisme pour les victimes contemporaines du burn-out).  Il en trouve un autre avec ces « burn-out cases », noms par lequel on nommait certains lépreux amputés, dans son rapport avec l’exil (comme le lépreux l’était en son temps, notre victime contemporaine est placée au ban de la société, loin d’elle, comme un signe inavouable de sa fragilité).

Entre essoufflement du perfectionnisme et épuisement de l’humanisme, il est d’abord, comme pour l’acédie catholique, le trouble qui touche les plus fidèles serviteurs du système.  Peut-être est-ce pour cette raison d’ailleurs que dans la parole de celui qui en souffre est difficilement remis en cause le système même.  Il y croit, il s’y consacre tellement, qu’à la fois il s’en essouffle et se rend invisible les causes de son essoufflement.

Il est le trouble des fidèles au système, le mal des « croyants ».   

Mais, en nos temps où  l’heure est partout, le temps […] nulle part, l’intérêt du recentrage philosophique est aussi de constater qu’en atteignant les membres les plus fervents du techno-capitalisme, le burn-out témoigne des possibilités d’une émancipation des conditions qui le crée.

il génère les nouveaux athées du techno-capitalisme.

Pascal Chabot, Global burn-out, 2013, PUF.

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(1 commentaire)

  1. Précisons d’abord mon rapport au christianisme : je suis un athée non dogmatique et fidèle. Je ne crois en aucun dieu. Mais je reconnais que mon athéisme est une conviction, pas un savoir. Et, tout athée que je sois, je reste attaché par toutes les fibres de mon être à un certain nombre de valeurs morales et spirituelles nées au sein de la tradition judéo-chrétienne. C’est vrai notamment de la notion évangélique d’amour, de charité. Sauf qu’il ne faut pas se raconter d’histoires : « Aimer son prochain comme soi-même », nous n’en sommes pas capables. C’est en effet un idéal, qui ne brille, ici-bas, que par son absence. Mais il brille, il nous éclaire, il indique au moins une direction, qui est celle d’un amour libéré de l’ego. L’agapè est un amour qui ne serait plus du côté du manque – comme l’éros de Platon –, sans s’enfermer dans l’affirmation joyeuse de sa propre puissance – comme chez Aristote ou Spinoza. L’amour de charité, montre génialement Simone Weil, advient dans un mouvement de retrait : je consens à exister un peu moins pour que l’autre puisse exister un peu plus. Il nous arrive d’être dans cette douceur – mot laïc pour dire charité –, notamment à l’égard de nos enfants ou de notre conjoint. L’amour, alors, nous pousse à nous arracher à cet égoïsme qui est le fondement de tout mal.

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