« Grand Cirque Déglingue » de Marco Lodoli.

Grand cirque déglingueProbablement qu’il est d’ores et déjà trop tard pour aimer les gens.

Rocco est concierge dans une école de Rome, où Mario est élève et Ruggero professeur. D’univers différents, mais d’âge identique, ils partagent une même fascination pour les idéaux anarchistes. Désirant les vivre et non plus seulement y aspirer, ils tentent de trouver les moyens les plus adéquats pour marquer leurs engagements. D’abord en volant des enfants-Jésus dans des crèches la veille de Noël. Puis en créant le « Grand Cirque Déglingue ». Puis…

Nous ne sommes pas des voleurs, des dévaliseurs de crèches, nous ne sommes pas des voyous : nous voulons seulement libérer Jésus de la croix qui l’attend, et tout de suite.

Contées à tour de rôle par chacun des trois amis, leurs aventures nous amènent, par des détours tragi-comiques, au travers de multiples rencontres d’autant de « bras-cassés » et d’anti-héros magnifiques, dans les rets d’une tension sans cesse plus obsédante. Dont émerge peu à peu une figure, celle de Sara.

nous sommes à l’extérieur ou à l’intérieur de ce chaos crépitant d’illusions?

Leurs rêves comme plaqués au sol par un réel trop lourd pour eux, Rocco, Mario ou Ruggero tentent, plutôt que d’y échapper, de construire des stratégies pour peser autrement sur ce réel. Mais toujours, tel un élastique se tendant pour les ramener d’où ils proviennent, leurs tentatives échouent. Et, entre cet idéal fantasmé et ce réel ingrat, la figure de Sara, virginale, aimée jusqu’au désespoir, symbolise à la fois le contrepoint et l’objet de leurs désirs, l’absolu inatteignable et l’échec. Ce vers quoi on a besoin d’aller sous peine de ne pouvoir continuer à exister et ce qu’on ne peut toucher sous peine de le détruire.

ils rêvent de mondes nouveaux mais ne sont pas fichus de dire adieu à l’ancien.

Cet entre-deux dans lequel nous sommes tous, cette impossibilité d’en sortir sans détruire l’ailleurs vers lequel on tend, Marco Lodoli parvient à le dire comme personne. Parvenant à bâtir autour d’une absente un récit qui, tenant en haleine jusqu’au bout, la fait advenir en en expliquant l’absence, il nous offre une superbe vue sur ces losers sublimes, perclus de doutes et de désirs. Il nous rappelle la nécessité de la pureté. Mais aussi sa non moins nécessaire inaccessibilité. Ce livre est une action de grâce…

Et nos idées ne sont-elles pas dérisoires, quand l’amour pour le monde suffit pour le comprendre.

Marco Lodoli, Grand Cirque Déglingue, 2016, P.O.L., trad. Louise Boudonnat.

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