« Infini, l’histoire d’un moment » de Gabriel Josipovici.

Infini l'histoire d'un moment
Quand le compositeur comprend que l’éternité et le moment ne sont qu’une seule et même chose il n’est pas loin de devenir un vrai compositeur.

Le narrateur interroge un dénommé Massimo à propos d’un certain Tancredo Pavone, dont il fut des années durant le fidèle majordome. Rapportée par ce dernier, nous est alors dévoilée pour parties l’existence de ce riche, noble et excentrique compositeur qui traversa le vingtième siècle. Libre, originale, agrémentée de ses amitiés avec les plus grands de l’époque (Michaux, Jouve, Bernstein) et d’autant de voyages « exotiques », la vie de Pavone se lit comme la découverte et la remise en jeu permanente de ce qu’est une vie.

Il faut faire sa musique dans cet espace intérieur. Il faut meubler cet espace intérieur avec suffisamment de meubles pour vivre avec un minimum de confort.

Riches d’influences diverses, de revirements radicaux (dont il est toujours plus facile de se remettre quand on est particulièrement fortuné), si sa relation à son métier, totale et entière, est bien faites d’atermoiements conceptuels et d’avis arrêtés, elle n’est pas non plus une errance sans fin. Loin s’en faut. Car peu à peu se fait jour en Pavone une idée de plus en plus précise – et tranchée – de ce que composer veut dire. Et qui font de ce livre une des plus remarquable réflexion sur la musique qu’il nous ait été donné de lire.

L’art de la composition […] c’est l’art de laisser aller, pas de retenir.

C’est en jouant une seule note encore et encore et encore que l’on atteint le cœur de cette note.

Mais cette réflexion ne serait pas grand chose si elle ne se redoublait pas, dans le corps même du texte, de sa mise en acte. Car si la musique, la vraie, ne peut s’atteindre que par l’apprentissage d’un « laisser-aller », d’une concentration absolue et focalisée sur une note, en rendre compte vraiment ne se peut qu’en en matérialisant le procédé sur la page.

Le chant va quelque part, la psalmodie est déjà là.

Le début abrupt du roman, les « continuez » qui en constituent le rythme, l’indétermination des narrateurs, leur disparition progressive dans le flux de la parole, tout cela concourt à faire de ce récit une psalmodie dont émerge, quintessencié, l’art subtil de dire.

C’est la musique qui compte.

Gabriel Josipovici, Infini, l’histoire d’un moment, 2015, Quidam, trad. Bernard Hoepffner.

Les sons ci-dessus sont tirés de l’émission Les Glaneurs sur Musique 3, produite pas Fabrice Kada et réalisée par Katia Madaule.

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