« Insectopédie » de Hugh Raffles.

InsectopedieD’autres mondes existent autour de nous. Trop souvent, nous les trouverons sans nous en rendre compte, regardant comme si nous étions aveugles, écoutant comme si nous étions sourds, palpant comme si nous étions insensibles, restreints par les limites de nos sens, la banalité de nos imaginations, l’inertie de nos certitudes prométhéennes.

Les nazis qui comparaient le juif au pou. Les fascistes italiens qui sont à l’origine de nouvelles façons de concevoir la protection animale. Un entomologiste farouchement anti-darwinien qui est la base de toutes nos connaissances sur la guêpe. Des fétichistes qui se mettent en scène dans des vidéos où on les voit écraser des lombrics. Un musicien qui cherche à capter les sons des insectes ayant élit domicile dans des pins. Des combats de grillons à Taiwan. Des collectionneurs de scarabées au Japon. Des invasions de crickets en Afrique… Insectopédie est, à première vue, plutôt que le catalogue entomologiste que son nom laisserait deviner, un grand fourre-tout des relations humains-insectes.

Si les nazis (et bien d’autres avant eux – notre tendance à les rendre à tort précurseurs de tant d’horreurs en dit beaucoup sur notre propre tendance à nous exonérer de celles-ci en les faisant porter, à l’image justement de la démarche nazie envers le pou, par cet autre irréductiblement monstrueux qu’est devenu le nazi) ont insisté à ce point sur cet « être-pou » du juif, c’est car l’insecte (l’insecte en général, dont le pou n’est qu’une occurrence parasitaire) n’est décidément pas un animal comme les autres. Grouillant, omniprésent, innombrable, froid, amoral, l’insecte parait être ce qui se distancie le plus de l’humain. Et donc, de ce dont ce dernier peut se dispenser à moindres frais éthiques. En interrogeant, avec une grande variété, un détachement exemplaire et un très subtil sens du récit, nos relations aux insectes, Hugh Raffles nous éclaire sur notre relation à ce qui nous entoure, tout en questionnant nos propres obsessions anthropomorphiques.

De quelle misérable pauvreté d’imagination faisons-nous preuve lorsque nous ne les considérons que sous l’angle de ce qu’ils peuvent apporter à notre compréhension de nous-mêmes!

C’est précisément en nous dépouillant de cette volonté d’à tout crin chercher dans l’autre espèce de quoi nous servir, la pliant d’abord à nos propres modes de pensée, que nous pourrons, à contrario, nous en enrichir. En nous aidant, par exemple, à discerner des individus, des singularités, dans le monde souvent pensé comme uniformément grouillant des insectes, c’est, in fine, dans le fouillis de nos faciles certitudes que l’auteur nous propose de fouiller. Avec une richesse rare!

Hugh Raffles, Insectopedie, 2016, Wildproject, trad. M. Dumont & L. Blanchard.

 

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(1 commentaire)

  1. Suis plongé dedans. Fabuleux !

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