« L.M.S. et autres nouvelles » de Pierre Blondel.

LMSTout cet univers le renvoie non à ce qu’il aurait pu être, mais à ce qu’il aurait pu toute sa vie, et en vain, tenter d’atteindre.  Cela ne le rassure pas, rien ne rassure celui qui ne connaît pas l’inquiétude, mais ça lui fait du bien.

Pierre Blondel est architecte.  Un architecte engagé, pour qui bâtir relève autant de l’ingénierie que de la philosophie.  Comme tel, il questionne des lieux.  Et dans l’attente de les voir sortir de terre (le processus, entre réflexions demandant forcément du temps pour qui désire réellement réfléchir et méandres administratifs, est lent), il a décidé de les habiter de ses personnages.

Composé des nouvelles suivies d’un « cahier » reprenant des croquis et/ou photos des lieux dans lesquelles les nouvelles se déroulent, ainsi qu’une courte introduction aux tenants et aboutissants de l’édification du bâtiment, L.M.S. se présente comme un ensemble à lire.  Où l’assemblage de mots, les images des bâtiments, les bâtiments eux-mêmes, la ville aussi dans laquelle ils trouvent place, forment dans son ensemble matériau à lire et interrogent la chose au travers que ce que l’on peut en dire.

Comment décrire l’ensemble?  Comment parle-t-on d’une image, d’un tableau?

L’auteur a choisi ici donc de peupler cette chose pour la pouvoir représenter.  Non pour s’en justifier.  Même si, toujours, à l’architecte ne peut être concédé de créer sans s’en justifier.

Et feignant de ne pas être seulement l’heureux bénéficiaire du hasard mais l’authentique créateur d’une œuvre originale, il passait, sans transition et avec bonheur, du côté des créatifs, auxquels, mis à part les architectes, on ne demande jamais de se justifier.

Bien entendu questionnement sur le rôle de l’architecture et caisse de résonances des indignations et des combats de l’architecte, L.M.S. se fait aussi, en peuplant d’imaginaire les interstices des lieux bien réels (c’est à dire palpables, touchables, tangibles, durs) qu’érigera son auteur, interrogation sur ce qu’est créer.  Nous rappelant la part qu’y joue les contingences, il nous ramène subtilement, sans même avoir recours à la métaphore, à cette fonction du texte qui est de construire un lien avec le réel.  Réel qui, comme tout bâtiment, n’existe vraiment qu’habité.

Pierre Blondel, L.MS. et autres nouvelles, 2011, Editions Fourre-tout.

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