« Le capital au XXIème siècle » de Thomas Piketty.

CapitalIl est, dans nombre de milieux, de bon ton d’être anti.  Et le juste milieu ou la tempérance n’étant pas toujours très mode, l’opposition s’y doit d’être radicale.  Ainsi en va t’il du capitalisme.  Soit on est pour, soit on est contre.  Mais être contre signifie en vouloir l’annihilation pure et simple.  N’être que contre ses effets ne suffit pas.  Il s’agit d’être contre à priori.  Il n’y a pas d’aménagement qui vaille.  Au risque de paraître tendre, ou pire, réformiste, il convient de vouloir l’éradiquer.  Sinon, on est pour.

Les combats bipolaires des années 1917-1989 sont maintenant nettement derrière nous.  Les affrontements autour du capitalisme et du communisme ont plutôt contribué à les stériliser, aussi bien d’ailleurs parmi les historiens et les économistes que parmi les philosophes.

Nombre d’analystes, (tel Marx, ou Schumpeter), ont élaboré des théories parfois contradictoires au cours de l’histoire, mais sans pouvoir ancrer celles-ci dans les faits autant que souhaitable.  Ils n’en avaient souvent pas les moyens statistiques, ni, c’est une évidence, le recul nécessaire.  Sans qu’il faille les départir de leurs apports parfois essentiels, il serait stupide de nos jours de se priver d’une analyse partant des faits réellement et objectivement observables alors même que nous disposons du recul, des données et des moyens (entre autres informatiques) de les traiter.  Et c’est à cette tâche que s’est brillamment attaqué Thomas Piketty.

En partant d’une énorme masse de données (également littéraires), « Le capital au XXIème siècle » cherche à comprendre comment peuvent se créer et se maintenir des niveaux différents de concentration de capital, comment l’inégalité de revenu et de patrimoine s’articule au cours de l’histoire.  On y découvre que le capital, s’il a changé de nature (il était terrien, il est devenu immobilier, industriel et financier), n’a rien perdu de son importance, l’inégalité patrimoniale de 2010 étant similaire à celle observée en 1910.  On y voit aussi la particularité d’un XXème siècle qui, entre extrémisme patrimonial et extrémisme méritocratique, aura vu se développer, évènement inédit au cours de l’Histoire, une société neuve de petits rentiers (cette fameuse « classe moyenne »).  On y voit confirmée l’importance cruciale de l’investissement dans la formation et l’enseignement pour la réduction des inégalités.  S’y dévoile également le rôle primordial que pourrait jouer un impôt progressif sur le capital.  Se posant du même geste la question de la gouvernance.

Ce livre ne pourra contenter tout le monde.  Et cela n’étant bien heureusement pas son but l’en rend d’autant plus utile.  Très loin de la volonté d’iconoclastie que d’aucuns voudront cependant y voir et que d’autres seront déçus de ne pas y trouver, il se veut avant tout une mise en perspective de chiffres.  Ceux-ci certes confirmant ou infirmant des hypothèses mais surtout permettant d’en poser d’autres.  C’est à l’égard de celles qu’il émet sur l’avenir que l’on pourra ou non rejoindre l’auteur.  Quant aux constats et hypothèses qu’il tire des chiffres du passé, l’ampleur et la rigueur de son analyse ne peuvent qu’imposer « Le capital au XXIème siècle » comme un livre incontournable.  Moins aboutissement que point de part obligé pour tout qui désire saisir ce qui sous-tend les inégalités.

Thomas Piketty, Le capital au XXIème siècle, 2013, Le Seuil.

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