« Le Dernier acte » de William Gaddis.

William Gadisil se puisse que la réalité n’existe pas du tout sinon dans les mots dans lesquels elle se présente.

Alors qu’il vient tout juste d’être victime d’un accident dont il est également le coupable – n’essayez jamais de faire démarrer votre véhicule en trifouillant dans le capot en vous plaçant en face de celui-ci -, Oscar Crease, assistant d’université érudit et dramaturge à ses heures, apprend qu’un producteur d’Hollywood vient de faire réaliser un film qui semble s’inspirer grandement d’une pièce qu’il a écrite quelques vingt auparavant. Tout portant qui plus est à croire que le film aura un retentissant succès, il décide de poursuivre le producteur pour plagiat.

c’est ça l’ironie, que chacun est la victime de l’autre ça n’est pas clair?

S’enchevêtrent alors, mêlés à la trame générale de ce procès principal, les aléas, péripéties, et comptes-rendus d’autres faits dont se saisit le droit : un chien coincé dans une sculpture monumentale, une noyade lors d’un baptême, l’utilisation par Pepsi-Cola, à des fins bassement commerciales, de l’anagramme du nom de l’Eglise épiscopalienne, sans oublier l’accident dont fut à la fois victime et coupable Oscar Crease.

Pouvons-nous séparer l’idée de son expression, monsieur?

Le Dernier acte est une satyre féroce et sans concession de l’envahissement de chaque parcelle de la société par le droit. D’un comique inégalé, il démontre avec un brio sans égal qu’à tout vouloir régir par le langage juridique, on en vient à vider de son sens propre tout ce à quoi il s’attachait et cadrait. Colonisant tout, dénaturé de son principe premier pour ne plus servir que l’avidité de chacun, le droit n’est plus ce gage d’ordonnancement – sans parler d’harmonie – du réel. Omnipotent, il le remplace.

Si vous ne pouvez qualifier d’enrichissement sans cause un vol quand il est évident je ne sais pas à quoi sert le langage!

William Gaddis ne fait pas que dresser le catalogue grinçant d’aventures désopilantes. L’absurde qui s’en dégagerait suffisant alors à illustrer entièrement son propos. Si on prend pour hypothèse que le réel serait une conséquence du choix des mots qui l’expriment, qu’en serait-il d’un réel exprimé par les seuls mots du juridique? Cette question ne peut être examinée dans tous ces interstices en l’exprimant dans un langage autre que celui dont Gaddis assure qu’il a colonisé tout le réel. Vouloir exprimer pleinement l’absurdité d’un monde qui ne serait plus que le droit n’est possible qu’en en utilisant le langage juridique. Le Dernier acte, écrit sur le droit, est ainsi lui-même un acte juridique. Gaddis permet ainsi, en démontrant par sa surenchère ce qu’un langage façonne avec le réel, d’en goûter la jouissive et inquiétante absurdité. Tout en proposant, en filigranes, une lecture des raisons qui sous-tendent cette prolifération, et qui toutes ramènent à un nom : l’argent.

Et tout ça c’est encore plus de mots et plus de mots jusqu’à ce que tout se retrouve enterré sous des mots.

William Gaddis, Le Dernier acte, 1997, Plon, trad. Marc Cholodenko.

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