« Le Grand Jeu » de Céline Minard.

Le Grand JeuJe dois savoir si la détresse est une situation, un état du corps ou un état d’esprit.

La narratrice vient d’acquérir un domaine de 200 hectares en pleine montagne. Culminant à 2728 mètres, constitué de prés, de bois, de parois vertigineuses, d’un lac, ce domaine inhabité est l’occasion pour elle de réaliser un étrange et radical projet. Ayant équipé une paroi d’un module de vie, elle décide de se retrancher – tout laissant à penser que cette décision est définitive – dans ce lieu et d’y organiser son existence en totale autonomie.

Je travaille à mon détachement.

Sans plus aucun contact avec d’autres, ses journées et nuits sont rythmées par les tâches quotidiennes que requiert sa subsistance, ses longues séances d’entrainement en paroi, et de profonds questionnements. Le tout prenant peu à peu les teintes de l’habitude. Jusqu’à ce qu’elle découvre que ce coin de montagnes est moins désert qu’elle ne le croyait.

Peut-on s’oublier au point de s’accueillir? 

Le détachement complet de soi, la rupture d’avec son moi sensible, l’ataraxie, tout cela présenté comme des buts en soi, confèrent au stylite, à l’anachorète, ou à l’hyper-sportif contemporain, l’image de ceux qui trouvent dans leur activités de détachement les raisons mêmes de leurs actes. Et leur isolement, s’il n’en est pas la finalité, semble du moins l’un des actes indispensable par lequel ils pourraient accéder à leurs fins. Chez l’ermite, l’autre paraît nié. Et le jeu (grimper sur une colonne, jeûner, courir à s’en épuiser…) semble trouver en lui ses propres significations. Il en vaut, par lui même, la chandelle.

La promesse et la menace sont-elles deux façons d’évaluer et de traiter le risque inhérent à toute rencontre humaine? Deux possibilités de transformer la violence?

L’autre est, qu’on le veuille ou non, perçu soit comme une promesse, soit comme une menace. Et cela indépendamment des intentions qu’il manifestera. C’est nous-mêmes qui façonnons et faisons incarner par l’autre les craintes ou les espérances que revêt notre rencontre avec lui, ainsi que nos capacités à l’accueillir ou le combattre.

L’autre est un risque. Certes. Mais, comme le suggère avec une subtilité rare Céline Minard, on ne s’entraîne pas pour sauver sa peau, mais, au contraire, pour pouvoir la risquer.

Céline Minard, Le Grand Jeu, 2016, Rivages.

 

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