« Le livre » de René Belletto.

Le livreMichel Aventin se remet difficilement de la mort de sa sœur.  Lors d’un retour à l’hôpital où elle est décédée, dans la chambre même où elle s’est éteinte, il croise le regard chargé de haine du patient qui y est alité.  Peu après, un mystérieux courrier lui parvient.  Les évènements s’enchaînent alors, emportant le narrateur dans une course poursuite haletante.

Oui, je laissai prendre à l’idée aberrante de telles proportions qu’elle finit par voler en éclats.  

Si l’on fait souvent grand cas des talents de technicien de Belletto (oui, ça trépide, ça s’enchaine, c’est de la mécanique très bien huilée mais sans dégouliner), s’y arrêter serait trompeur.  Il n’est pas le faiseur de mondes parallèles auquel un lecteur peu attentif pourrait le cantonner.  Ce serait ne pas entrapercevoir que cette fabrication même est elle-même un enjeu.  Les mélanges (du récit policier et de l’épouvante par exemple) ne sont pas là pour produire un effet (de réel) mais pour questionner ce qu’est un effet même.  L’étrange qui en découle n’est pas le but mais moyen.  C’est moins le mélange des « genres » que celui de ce qui en est perceptible avec ce qu’il en dissimule qui fait sens.  La mécanique est intéressante.  Sa mise à nu, et les rapports entre ce que l’auteur dévoile et ce qu’il dissimule, encore plus.  Belletto n’est pas un « fabriquant de mondes parallèles ».  Il interroge les modes de représentation du nôtre.  En tissant son récit dans une géographie bien précise (il y a une rue Mallarmé, une autre Malesherbes, une clinique Pernette du Guillet), en mettant en scène les doutes qu’un narrateur éprouve à l’égard des conséquences du faux dont l’entoure l’auteur, en s’insérant dans une suite (celle, entre autres, de Ronsard ou de Maurice Scève), Belletto, dans Le livre, inscrit son œuvre dans ce qui la dépasse.  Et, dans un récit à la Poe mais privé de sa conclusion « rassurante » et parsemé d’indices à la Poussin, il nous donne à lire une parcelle éblouissante du projet mallarméen.

mais laissons là les souvenirs, ou plutôt comparons-les aux mille ébauches d’un peintre, dont il espère qu’elles ont écarté assez de voiles pour que l’exécution de l’œuvre dernière les écarte tous, et, avec eux, le mal et la souffrance de la vie.

René Belletto, Le livre, 2014, P.O.L. 

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