« Le monde sans les mots » de Tamura Ryûichi.

Je ne rentrerai pas à la cabane

Comme on coupe son whisky avec de l’eau

Je ne saurais couper les mots avec du sens

La poésie n’est que forme. Elle est, essentiellement, une mise à distance du langage pour questionner, à travers lui, tout ce vers quoi ce langage peut faire sens. Cette mise à distance, et c’est bien là tout l’intérêt, peut prendre quantité de contours différents. D’un côté, le travail du poète sera de bâtir à cette mise à distance une expression qui en rende compte. Il construira quelque chose, ou du moins sera-ce l’impression qu’en aura le lecteur. Dans une autre direction, et comme à rebours de la première, le poète pourra tenter de revenir à une sorte de nature originaire, censée précéder toute construction. Au lieu de construire il émondera. L’excès de construction versera dans la sophistique. L’excès d’élagage dans la platitude. Et entre les deux, tant de possibles…

La poésie n’est jamais un moyen

La poésie de Tamura Ryûichi nous emmène radicalement autre part. Elle n’est pas la recherche d’une forme d’équilibre, illusoire bien plus que fragile, entre l’élaboration d’un édifice conceptuel et le cheminement vers une hypothétique naturalité du langage. Son approche est en dehors de cela. Sa poésie est forme mais sans qu’elle ne renvoie plus à une question. Elle n’est ni moyen terme, ni moyen vers une fin.

Ma poésie

Est une chose simple

La poésie de Tamura Ryûichi n’est pas « simple », elle est « chose simple ». Autrement dit, elle ne renvoie pas à un degré de proximité – plus ou moins éloigné, plus ou moins compliqué – entre une chose et la poésie qui s’ingénierait à la dire, mais rappelle combien la poésie, elle-même, est une chose. Une chose autonome. Qui n’aurait de compte à rendre à rien qui viendrait obligatoirement la subsumer. Qui n’aurait besoin d’aucune fin nécessaire à laquelle aboutir pour se légitimer. Ce qu’a réussi à saisir Tamura Ryûichi c’est cet émerveillement qui paraît résider tout entier dans la chose dite. Et ainsi produit-il chez le lecteur un vertige qui le désempare – et l’émeut – d’autant plus qu’il ne paraît provenir que du banal le plus insignifiant. Du très grand Art!

Tamura Ryüichi, Le monde sans les mots, La Barque, trad. Karine Marcelle Arneodo.

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