« Le Mur de Planck, tome 1 » de Christophe Carpentier.

Max_Planck_1933S’attaquer à la laideur du monde est-il un acte aussi incompréhensible que cela?

Marvin Taylor déteste les obèses. Leur surpoids confortablement assumé, la part d’horizon que leur masse adipeuse dissimule à nos regards, leur laisser-aller graisseux qu’ils tentent vaille-que-vaille de faire passer pour un contrepoint moral à l’idéal maigre, tout cela a nourri une haine qu’il a choisi de laisser déborder. S’il se rend à Long Cross, au barbecue organisé par Rick Loyd, c’est donc dans la ferme intention de laisser libre court à sa fureur. Mais quand le lendemain, les deux agents du FBI Travis Bogen et Tilda Lindgren se rendent sur les lieux et découvrent les dix corps volumineux, hommes, femmes et enfants, méthodiquement exécutés durant leur sommeil d’une balle dans la tête, ils découvre aussi leur assassin inexplicablement plongé dans une complète prostration.

il n’y a aucune différence entre un objet, un acte ou une pensée […] tout est fait d’atomes, rien que d’atomes, y compris la mort.

Très rapidement, les deux agents vont constater que ce qui est arrivé à Marvin Taylor n’est que le prélude à une opération d’ampleur préparée par les particules baryoniques dont l’intention est d’éradiquer le mal de la planète en plongeant ceux qui s’en rendent coupables dans une immédiate, automatique et indéfectible hébétude. Eh oui… Tout cela n’étant qui plus est que le début d’une chaîne d’événements certes probables – mais qu’est ce qui ne l’est pas! – mais encore inédits (quoique…).

qu’est ce qu’un monde dans lequel il n’y a plus ni crimes, ni agressions, ni incivilités, non par goût de l’harmonie, mais par simple peur de la sanction? N’est-ce pas tout simplement un monde soumis à une force qui l’effraie et le fait marcher au pas?  Que pourrait-il bien naître de cette soumission, même inconsciente, sinon une humanité dénaturée, une humanité sans éclat, sans honneur, ni fierté, une humanité rabaissée au rang de bibelots animés?

A l’évidence questionnant notre relation au mal, à la violence et aux stratégies que nous mettons en oeuvre pour l’éviter ou s’y vautrer mieux, Le Mur de Planck ne se limite pourtant pas à un brillant catalogue éthique de ce que la pensée peut sublimer ou pervertir. Qui, au travers de ses multiples strates fictionnelles se donnerait pour seule tâche d’éclairer différemment l’être moral qu’est l’homme. S’il est cela aussi, il est avant tout la mise en scène diantrement efficace des moyens qui président à son élaboration. Comme si comptait moins d’advenir quoi que ce soit que de montrer comment tout cela advient.

Disons que j’improvise, mon vieux, j’improvise au mieux, et je dois dire que ce n’est pas évident.

Le mur de Planck est cette limite en-deçà de laquelle la pensée ne peut aller. Mais cette limite est – à défaut d’en être une fabrication – une révélation de la pensée elle-même. Et si la pensée se révèle à elle-même ses propres limites, rien ne peut non plus en toute logique lui enlever le privilège de les dépasser. Et ce rôle d’exploration radicale des possibles de la pensée, du terreau initial de toute imagination, à qui peut-il être mieux dévolu qu’à la littérature!

Tout est envisageable au cœur de l’ignorance, la vie comme la mort; l’éternel comme l’éphémère. Tout est plausible et se vaut, au Grand Royaume des mots.

Christophe Carpentier, Le Mur de Planck, tome 1, 2016, P.O.L.

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