« Le pays de la peur » de Isaac Rosa.

pays de la peurIl s’est assis devant l’ordinateur, a ouvert un nouveau document et tapé le titre au centre de l’écran, en majuscules et caractères gras : LE PAYS DE LA PEUR.  Puis il se mit à écrire.

La soupçonnant de vol et croyant l’avoir confondue, Sara et Carlos renvoient leur femme de ménage.  C’est par après, découvrant des ecchymoses sur le corps de leur fils Pablo, qu’ils constatent leur méprise.  Peu à peu, avec une force insidieuse, le quotidien de Carlos glisse vers une peur à laquelle rien n’échappe.

Et surtout, ce qui est peut-être le pire, sa peur est consciente, c’est celle de quelqu’un qui est capable de penser sa propre peur, de l’analyser et même de l’interroger, et qui pourtant craint.

Composant son roman comme un chassé-croisé entre les réflexions de Carlos et les évènements qu’il vit, Isaac Rosa réussit le pari de nous faire ressentir au plus près les processus à l’œuvre dans l’angoisse qu’étreint son héros.  Ce ne sont ainsi pas les événements de sa vie réelle qui l’enserrent dans sa peur toujours plus totalisante.  S’ils l’expliquent pour partie, ils ne lui suffisent pas.  Sa peur ne se fonde pas sur eux mais sur les pensées, les lieux communs, les peurs culturelles, ancestrales dont il l’abreuve en les ressassant.

En réalité, sa peur ne repose pas sur grand-chose.

Pendant que les discours, les pensées sur la peur s’accumulent d’un côté, de l’autre les riens de la vie quotidienne s’en nourrissent.  Et s’instille peu à peu chez Carlos, comme chez le lecteur, une tension qui contamine toute chose.

la fiction ne favorise guère la tranquillité d’esprit.

Véritable inventaire des peurs de la classe moyenne, et déconstruction des mécanismes qui y œuvrent, Le pays de la peur, en en dénouant les fils, prend inexorablement, jusqu’à sa fin hallucinatoire, le lecteur dans la toile de ce qu’il décode.  Et nous démontre magistralement que la peur la plus efficace est celle qui fabrique ses propres causes.

ne baissons jamais la garde, méfions-nous, craignons, n’ouvrons pas la porte à des inconnus, n’ayons pas de contacts avec des étrangers, n’acceptons pas de colocataires, ne faisons pas d’auto-stop, ne désirons pas de relations sexuelles passagères, ne prenons pas de rendez-vous dans les forums du Net, n’acceptons pas l’aide spontanée qu’on nous propose, ne baissons pas la garde, car chaque pas que nous faisons peut-être dans le vide et nous précipiter dans l’abîme.

Isaac Rosa, Le pays de la peur, 2014, Christian Bourgois, trad. Vincent Raynaud.

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