« Le petit bossu » de Roberto Arlt.

petit bossuTu as besoin de fouiller profondément dans la plaie.

Où réside la preuve de notre existence si ce n’est dans l’autre?  Et dans ce qu’il éprouve pour nous?  Chercher les preuves de l’amour de l’autre, pour nous, est bien plus qu’un acte de jalousie ou qui pallie à celle-ci.  C’est y chercher la preuve que nous existons.

Lorsque je prononce son nom, je sens sur mes joues une rafale de vent chaud.  Et pourtant la neige grise recouvre la crête des montagnes.  Et là-bas, tout est noir dans les abîmes.

Un homme cherchant la preuve de l’amour d’une femme dans la demande qu’il lui fait d’embrasser un laid difforme, un proxénète, un tuberculeux, un homme à la veille de se marier et pesant ses possibilités de rompre ; tous les personnages sont ici plongés au creux d’abymes dont le sordide est à ce point prégnant qu’ils en deviennent douteux, presque irréels.

Parfois, quand je considère le stade où j’en suis, il me semble que de grands espaces d’ombre se meuvent dans mon cerveau, je marche comme un somnambule et le processus de mon avilissement m’apparaît comme enchâssé dans l’architecture d’un rêve qui ne s’est jamais réalisé.

La violence que chacun de ces êtres met à tout simplement être, implacable, aliénante, nous rappelle qu’à force de chercher les preuves d’une « chose » (un amour, une amitié, une vie), on en arrive parfois à étouffer ou briser la chose même.  A trop vouloir s’attester, on en vient à disparaître.

Chacun d’eux est en soi un mystère, inexplicable, un nerf non encore classé, brisé dans le mécanisme de la volonté.

Mais chacun de ces personnages est aussi, même dans sa perte, profondément unique.  Dans ces nouvelles (et Roberto Arlt est, à notre avis, avant tout un nouvelliste, et des plus grands), tout est sombre, plongé dans les ténèbres.  Mais dans les ténèbres aussi, l’on peut rire.  Et si tout est tapissé de noir, le talent, l’art de disposer des matières, comme chez un Soulage ou un Vandercam, ou des mots qui sont d’autres matières, peut donner à lire des nuances qui donne à toute cette noirceur la saveur inattendue de la vie.

Tableau de notre existence.  Gris comme le fond d’un four.

Roberto Arlt, Le petit bossu, 2013, Cent pages.

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